Au moment où ces lignes sont écrites, on peut s’interroger sur les chances de survie du Contrat Première Embauche. Est-ce à dire que les idées que celui-ci met en œuvre (et que nous avions vivement défendues dans Le travail autrement, Institut PRESAJE) pourraient mourir avec lui ? Il est permis d’en douter.

Le C.P.E. repose sur un "deal" : un recul des garanties liées au contrat de travail à telle enseigne que l’employeur peut, pendant deux ans, licencier sans motif le jeune salarié ; une progression des garanties hors contrat de travail de telle sorte que le salarié licencié puisse rapidement bénéficier de l’assurance chomage. Aujourd’hui, ce donnant-donnant ne suscite pas un consensus suffisamment solide. Demain, il pourrait en être autrement.

Tout d’abord, le mouvement actuel, s’il est significatif, n’est peut-être pas majoritaire. Ses victoires se comptent sans doute dans le court terme.

Ensuite, le mouvement de rejet s’explique en large partie par le fait qu’il y a toujours quelques risques à tailler un costume sur mesure à la jeunesse. C’est ajouter au peu de prévenance dont celle-ci fait habituellement l’objet. Que ceux qui défendent leurs droits acquis en matière de retraite ne le perdent pas de vue. Enfin, encore qu’il y ait certainement d’autres éléments à prendre en considération, il n’est guère porteur d’offrir du chômage indemnisé au lieu et place d’un travail, même mal payé. Pour emporter l’adhésion, il faut délivrer un peu plus de raisons d’espérer, spécialement lorsque, comme c’est le cas pour le C.P.E., on s’adresse en priorité à la jeunesse.

A la condition de revoir le projet actuel, le message dont celui-ci est porteur a de l’avenir. Car ce message est juste. Dans un contexte globalisé et fortement concurrentiel, les entreprises ne peuvent garantir l’emploi. Il faut donc que, grâce aux techniques assurantielles, la collectivité prenne le relai. C’est dans cette logique que s’inscrit le C.P.E. Simplement, dès lors que les périodes de non-travail ont vocation à se répéter et donc à devenir normales, il faut éviter de les traiter comme un sinistre pour s’en tenir au seul levier de l’assurance chômage. Il convient d’anticiper ces périodes et de les remplir avec de l’activité plutôt qu’avec de l’indemnitaire. C’est ce que les dispositifs de retour à l’emploi s’efforcent de faire. Il serait cependant souhaitable d’aller plus loin et de prévoir que, dès l’entrée dans la vie professionnelle, celle-ci donne lieu à un premier contrat, différent du contrat de travail lui-même, et dont l’objet serait de déterminer le cadre des évolutions professionnelles ultérieures.

Ce n’est jamais qu’une manière de pratiquer la "flexisécurité". Il n’en reste pas moins que, au regard de nos conceptions traditionnelles de la relation de travail, il y a là une vraie rupture. Il faut l’expliquer, agir à découvert et avec ampleur ; ce doit être possible, à la condition de ne pas donner l’impression de provoquer le changement par des dispositifs dérogatoires qui cachent mal leur inspiration et, finalement, contribuent à brouiller la justesse de cette dernière.