Par Barras

Tandis que le gouvernement fait face à la crise du Contrat Première Embauche, le parti dominant à gauche, le Parti Socialiste, fait face à une crise plus discrète, qui est celle du contrat nouvelle adhésion. En permettant d'adhérer par Internet, moyennant une cotisation forfaitaire de 20 €, le PS souhaite augmenter le nombre de ses adhérents. L'opération serait apparemment un grand succès, puisque 10 000 personnes auraient rejoint en une semaine le Parti. Mais en proposant de désigner le candidat en décembre, le premier secrétaire du Parti veut que ses nouveaux adhérents puissent participer à la désignation du candidat aux présidentielles (peut voter toute personne ayant au moins six mois d’ancienneté dans le parti). Or plusieurs candidats potentiels voient là une manœuvre propre à favoriser Ségolène Royal, et réclament plutôt un raccourcissement du calendrier. Laurent Fabius a fait savoir haut et fort par la voix de son lieutenant Claude Bartolone que novembre avait été choisi au Congrès et qu’il n’était pas question de revenir la-dessus.

En attendant, les équipes se mobilisent. Le dimanche 12 mars, Fabius et DSK ont réuni les leurs pour faire un tour d’horizon. Tous les lundis matins désormais, les fabiusiens se réunissent aux aurores dans un café de la rue Saint-Honoré pour mettre au point le programme. Celui-ci ne doit pas être trop détaillé, a donné comme consigne Laurent Fabius, car les Français croient de moins en moins aux solutions toutes faites et aux assertions péremptoires. Le temps où certains ordinateurs de l’Insee tournaient nuitamment pour chiffrer le coût du programme commun de la gauche est bien révolu. Chez DSK, on penche pour un programme simple et surtout pour un langage clair. Affirmer une politique de retour au plein emploi paraît indispensable même si depuis trente ans, chaque candidat a toujours assuré que sa priorité était le retour au plein emploi alors que le chômage ne baisse toujours pas. L’idée de l’équipe de DSK est de rompre avec les affirmations traditionnelles du parti sur la gestion de la demande et le réglage conjoncturel, et de proposer une politique structurelle - une politique de l’offre à la suédoise.

Quant à Ségolène Royal, elle attend, faisant savoir que le livre qu’elle doit publier sur sa vision de l’avenir ne sera pas prêt avant fin mai, soit deux mois de retard par rapport au calendrier initialement annoncé.

Dans la logique du congrès du Mans, la Commission du projet du Parti se réunit régulièrement sous la responsabilité de Martine Aubry. Le but est de fournir un programme au candidat présidentiel ainsi qu’au parti pour les élections législatives qui suivront. Dans ce contexte, il faut que le projet ne prenne pas de front les partenaires de l’ex-"gauche plurielle", avec qui des accords de désistement au second tour vont devoir être négociés.

La cheville ouvrière du programme économique du parti est Pierre-Alain Muet, ancien du cabinet Jospin. Venu de l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques), Pierre-Alain Muet est resté keynésien, et analyse le chômage comme le résultat d’une croissance faible due à un manque de demande. Ses propositions pour réduire le chômage : hausse des salaires avec un SMIC à 1500 € ; remise en vigueur des emplois jeunes ; achèvement du passage aux 35 heures. Pour lui, le dispositif actuel aurait permis de créer 500 000 emplois (ce qui signifierait que sans les 35 heures, l’économie française aurait un taux de chômage de 12%).

Au sein du PS, certains réclament néanmoins une réflexion sur le coût du travail, et envisagent la poursuite de la substitution de la CSG aux cotisations sociales. En attendant d’en savoir plus sur les intentions de Ségolène…

Barras est le pseudonyme d'un haut fonctionnaire, proche du Parti Socialiste.