La semaine qui s'ouvre sera celle de l'épreuve de vérité pour le CPE, et c'est tant mieux, tant la rigidité de Dominique de Villepin aussi bien que le jusqu'au-boutisme de ses opposants semblent aussi incompatibles qu'insupportables.

Mon propos ici n'est pas de porter un jugement sur le CPE, ni de décortiquer ses atouts ou ses erreurs, mais de m'indigner de la forme, des formes. En imposant sans négociation, ni même semblant de discussion, ce nouveau modèle de contrat pour les jeunes, Villepin a démontré à quel point il méconnaissait le citoyen, le Français... et le peuple. C’est à juste titre que les syndicats lui reprochent d'avoir créé le CPE sans aucune concertation, bafouant la loi du 4 mai 2004 sur le dialogue social.

Villepin aurait voulu saboter ce projet qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Mais il est vrai qu'il n'a jamais eu à battre la semelle dans un canton, une ville ou un département pour briguer un mandat électif. M. de Villepin a toujours gagné ses galons dans les bureaux et les salons, à la différence d'un Nicolas Sarkozy, élu pour la première fois à 23 ans dans les Hauts-de-Seine, ou de Michèle Alliot-Marie qui a décroché son premier mandat à l'âge de 28 ans dans le pays Basque - pour ne prendre des exemples que dans sa famille politique.

"Savoir imaginer un compromis, c'est être courageux et utile à la France", a déclaré samedi le président de l'UMP et ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy. Seulement voilà, l'heure n'est plus, pour le Premier ministre, au compromis courageux, mais à l'acte de contrition.

Jeudi, le Conseil Constitutionnel, saisi par le PS, va rendre sa décision sur la validité de la loi créant le CPE. Si, cette Haute autorité retoque le CPE, comme certains à droite l'espèrent, le combat cessera, faute de motif. Villepin sera sauvé par le gong constitutionnel, mais on peut faire confiance à la gauche pour crier à la collusion entre le Conseil Constitutionnel et le pouvoir, comme le Premier secrétaire du PS François Hollande à commencé à le faire.

Et si le CPE est validé ?... Ce sera aussi l'épreuve de vérité, car deux jours avant se sera tenue la grande journée de manifestations et de grèves. Les syndicats ne s'y sont d'ailleurs pas trompés et appellent à une mobilisation massive pour que le 28 mars soit "une puissante journée d'action interprofessionnelle", "un tournant". Pour le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon, si ces manifestations "réunissent 1,5 million de personnes, les choses seront différentes mercredi". L'intersyndicale, qui a fait du retrait du CPE un "préalable" à la négociation, se réunira dès le lendemain et FO a prévenu qu'il "proposerait la poursuite de la grève" si le Premier ministre, "au soir du 28 mars, ne retirait pas le CPE".

Dans ce contexte, on en oublierait presque l'essentiel : le CPE a été conçu comme un des outils qui doivent servir à lutter contre le chômage. Tiens, justement, les chiffres pour le mois de février doivent être connus vendredi. Mais qui s'en soucie ?