Le jeu de mécano industriel entre énergéticiens à la une des médias ne doit pas cacher l'essentiel : le taux de dépendance énergétique des Etats-Membres de l'UE va devenir préoccupant et il est urgent de mettre en œuvre une politique commune de l'énergie.

On peut le constater chaque jour : le secteur de l'énergie est aussi emblématique en termes de souveraineté et d’attachement national que pouvait l'être la monnaie. La question d'avenir commun repose sur le même enjeu : vaut-il mieux conserver une part réelle de souveraineté dans un ensemble européen plutôt qu'une part fictive de souveraineté dans un espace national ?

L'Europe politique au fond s’est construite sur une "peur", celle de l’empire soviétique. C’est d'ailleurs depuis la disparition de cette menace qu'elle s'est retrouvée dans l'incapacité à mettre en œuvre de nouveaux instruments communs. Chaque grande avancée de la construction européenne s’est jouée dans les conditions suivantes :

  • la "peur" ;
  • une union dont la force économique est identifiée de façon bipartisane et portée par des intérêts industriels puissants ;
  • des leaders politiques capables de "vendre" le projet d'union à leurs concitoyens ;
  • un groupe de pays clés prêts à établir des compromis difficiles.

La dépendance énergétique et l'origine des approvisionnements créent des conséquences géopolitiques inquiétantes pour chaque Etat-Membre. Les conditions de la "peur" sont bien présentes.

L'évolution des prix de l’énergie menace clairement la compétitivité de nos industries : une Europe énergétique puissante pourrait être un argument décisif dans la lutte contre les délocalisations mais aussi dans la négociation politique et financière vis-à-vis des tiers.

Se pose alors le problème politique et la volonté de pays moteurs d'avancer sur ce sujet. Quasiment absent lors du débat sur le référendum du TCE, il apparaît aujourd'hui comme une évidence qui s’impose à chaque réunion des ministres ECOFIN ou du Conseil Européen. On peut regretter que les industriels européens aient un temps d’avance sur les politiques et que les agitations médiatiques viennent polluer un débat majeur pour l’avenir de l’Europe, mais ne perdons pas de vue l'essentiel.

Parmi les Etats-membres, la France joue un rôle central et clé ; perçu comme à chaque fois positivement et négativement par nos partenaires européens. Dans ce contexte, chaque pays va devoir montrer sa volonté d’avancer :

  • l'Allemagne en acceptant l'indispensable développement de l’énergie nucléaire ;
  • la France en acceptant les compromis industriels nécessaires (e.g. la constitution d’une autorité de régulation européenne puissante dirigée par des non-français, des opérateurs de réseaux européens, un Airbus du nucléaire) ;
  • d’autres pays enfin en abandonnant de fournisseurs d’énergie nationaux au profit d'opérateurs européens

Ce week-end, l’Europe a franchi une première étape qui illustre la prise de conscience de nos dirigeants. Il faut maintenant enclencher la seconde phase, un véritable Maastricht de l'Energie, c’est-à-dire un traité politique incluant des objectifs chiffrés permettant de garantir la sécurité d'approvisionnement (économies d’énergie, des réserves d'hydrocarbures partagées, développement des infrastructures transfrontalières…) et une logique industrielle commune renforcée qui dépasse nécessairement la vision trop stricte de l'analyse de la concurrence.