Au lendemain de l'allocution solennelle de Jacques Chirac sur le CPE, le secrétaire général de la CFDT François Chérèque relevait que nous étions dans une "situation ubuesque, avec une loi promulguée, donc applicable, mais que l'on ne doit pas appliquer, alors qu'on passe notre temps à donner des cours d'instruction civique aux jeunes". A elle seule, cette phrase résume le grotesque de la situation, ridicule que Molière, en son temps, aurait sans doute stigmatisé avec gourmandise.

Ainsi, le Président de la République a décidé de promulguer la "loi pour l’égalité des chances" avec ses cinquante-deux articles, dont le huitième instaure le très controversé CPE. Juridiquement, des CPE pourraient donc être signés immédiatement. Pour autant, Chirac a clairement souhaité qu'aucun ne le soit avant que ne soient adoptées les modifications qu'il demande : période d'essai réduite de deux à un an, motivation de la rupture du contrat par l'employeur. Le message a été reçu cinq sur cinq par la présidente du Medef, Laurence Parisot, qui a souligné, sans ambiguïté, que les chefs d'entreprise allaient "attendre le nouveau CPE".

Chirac n'a pas ouvertement désavoué son Premier ministre Dominique de Villepin - qui reste à Matignon - mais il a passé la main à l'UMP, donc de facto à Nicolas Sarkozy. Ainsi, l'UMP doit préparer une proposition de loi pour modifier le CPE, tandis que les socialistes en font autant pour demander son abrogation ainsi que celle du Contrat Nouvelle Embauche entré en vigueur le 4 août.

"On sent bien que notre interlocuteur n'est plus le Premier ministre mais les députés UMP, et le patron des parlementaires UMP, c'est Nicolas Sarkozy", a observé François Chérèque sur France Inter. Dès samedi, les leaders syndicalistes et étudiants avaient d'ailleurs reçu un appel du président de l'UMP.

Il est vrai que le temps presse. Une nouvelle journée de mobilisation est prévue mardi 4 avril, pour obtenir l'abrogation pure et simple du CPE. Il s'agira de la cinquième journée nationale de manifestations et de grèves en moins de deux mois et les syndicats entendent bien faire de ce mardi "une journée d'actions la plus forte possible", selon les termes de Bernard Thibault (CGT). L'intersyndicale a d'ores et déjà prévu de se réunir mercredi pour dresser le bilan et envisager la suite du mouvement.

En 2003 déjà, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, avait été appelé à la rescousse par le Premier ministre d'alors, Jean-Pierre Raffarin, en pleine contestation sur le projet de loi visant à donner une autonomie accrue aux universités. Il avait co-présidé, aux côtés d'un ministre de l'Education dépassé par les événements, Luc Ferry, une table ronde avec les syndicats, lançant à l’issue de la réunion : "quand on est fort, on peut se permettre de ne pas passer en force". Bis repetita !