Par Cambacérès

C'est peu dire que le débat politique des dernières semaines a été pollué par la crise du CPE, notamment et surtout à droite. Dossier relevant à l'origine de la politique de l'emploi, il a progressivement changé de dimension, et les responsables politiques de droite l'abordent désormais sous l'angle de la gestion de crise : comment négocier sans donner l'impression de reculer ? Comment faire triompher la voix des urnes sur celle de la rue ?

Ce contexte marqué par l'urgence ne favorise pas une réflexion sereine. Peu de politiques rappellent que le choix qui nous est proposé en matière d'emploi oscille entre deux bornes. Celle du court terme, qui privilégie la sécurité immédiate de l'emploi pour celui qui en a, en ignorant les effets négatifs en matière de désincitation de créations d'emplois ; celle du moyen terme, qui accepte des ajustements aujourd'hui pour se donner les moyens de créer plus d'emplois demain. Ce choix entre sécurité – ou rigidité – et flexibilité est difficile à expliquer, et personne ne peut réellement prouver que telle option est plus efficace que telle autre ; tout n'est qu'affaire de spéculations et de pari sur l'avenir.

Et s'il est vrai que construire sur ces bases n'est pas chose facile, une telle actualité n'incite pas les partis de droite à faire pour 2007 des paris courageux, les propositions émises ici ou là en matière d'emploi étant encore bien floues, pour ne pas dire naïves.

Ainsi François Bayrou, si critique envers le CPE, prône-t-il une « modernisation du droit du travail » dont on voit mal comment elle pourrait éviter une plus grande flexibilité – sans toutefois l'afficher clairement. Et de préconiser la création d'un "Contrat emploi formation" destiné aux jeunes sans qualification, énième dispositif dérogatoire qui ajoute encore à un empilement de dispositifs devenus aussi coûteux pour les finances publiques qu'incompréhensible pour les acteurs économiques.

Le Mouvement pour la France, qui soutient la logique du CPE, insiste davantage sur des dispositifs d'intervention budgétaire du type allègements de charges pour les PME. Au-delà de l'aspect clientéliste de cette volonté, comment ne pas souligner les effets incertains, pour le moins, de ce qui viendrait s'ajouter aux allègements de charges Juppé et Aubry, supportés par l'Etat à hauteur de près de 20 milliards d'euros ?

Et que dire du Front national, qui voit dans la baisse ou la suppression de tous les impôts ou presque la réponse à tout problème ?

Reste l'UMP, qui mène certainement à l'occasion de ses Conventions thématiques l'effort de réflexion le plus structuré et le mieux nourri, mais qui est confrontée aux mêmes difficultés. La première voie évoquée est ainsi la création d'un contrat de travail unique, qui éviterait à la fois la précarité du CDD (pour le salarié) et les rigidités du CDI (pour les employeurs) ; ce projet, qui découle de travaux d'experts, ne semble présenter que des avantages mais n'aurait de vertus que dans le cadre d'une totale refondation du droit du travail, et pas en venant s'ajouter à un cadre juridique très balkanisé. La seconde mesure phare serait l'accroissement des prélèvements sur certaines entreprises afin de mieux doter le service public de l'emploi ; une option étonnante alors que c'est l'utilisation faite des crédits de l'emploi qui pose problème, plus que leur montant. Sans oublier la hausse des prélèvements obligatoires qu'une telle mesure supposerait, ignorant le fait que nous sommes placés dans une situation de concurrence fiscale au plan européen…

Nous le voyons, le terrain des initiatives de l'emploi reste notablement en friche ; restent quelques mois pour se montrer plus pragmatiques et moins verbeux.

Cambacérès est le pseudonyme d'un magistrat à la Cour des comptes.