Les candidats et les projets de 2007 ne sont pas encore connus avec certitude. Mais on peut déjà poser un certain nombre d'hypothèses.

Hypothèse 1 : le choix final sera entre un candidat de gauche et un candidat de droite

Un scénario similaire à celui de 2002 semble moins probable en 2007, notamment parce que les Français auront compris qu'en raison des règles du scrutin, la dispersion au premier peut priver de choix au second tour. Par ailleurs la politique de sécurité a "rogné" une partie des thèmes et de l'électorat du Front National. Nous aurons donc, au second tour, un (ou une) candidat(e) de gauche, et un candidat de droite.

Hypothèse 2 : ce sera moins un clivage des programmes qu'un clivage des crédibilités

Il est possible – voire probable – que le clivage n'apparaisse pas dans les termes mêmes des discours. Ainsi, le Premier Ministre et le Président de la République ont-ils emprunté à la gauche et aux syndicats le concept de "sécurisation des parcours professionnels". De la même manière, la gauche a évolué dans ses positions vis-à-vis de la sécurité. Quand les discours portent les mêmes thèmes, la différence ne se fait pas sur les concepts, mais sur la crédibilité – quel candidat aura la volonté d'aller au fond du problème, et quel sera celui qui mettra les moyens appropriés ?

Sur cette question, il est probable que la gauche soit plus crédible sur le projet social. Même s'il lui reste à faire des propositions précises, elle a su, par le passé, engager des moyens considérables sur ce terrain. La droite vient, avec le CPE, de jeter un doute sur sa capacité à remplir sa promesse de "flexsécurité à la française" : elle devra a minima renouveler son approche si elle veut convaincre. Mais la droite pourra jouer son avantage sur la sécurité – avec néanmoins, par rapport à 2002, un handicap lié au fait que ce thème puisse se révèler moins efficace (si les Français reconnaissent son action), ou jouer d'une façon partiellement négative (si les Français considère que les résultats ne sont pas au rendez-vous).

A cet égard, la situation sera donc inverse à celui de 2002, lorsque la gauche affichait un bilan de baisse du chômage sans proposer d'action claire pour renouveler cette baisse, tout en étant attaquée sur son action en matière de sécurité.

Il faudra également compter avec le thème de la mondialisation, qui est en filigrane derrière les questions sociales (via la concurrence économique, sociale ou fiscale), et certaines questions de sécurité. Aborder ce thème est difficile, car il faut commencer par avouer que nous n'avons pas fait les choses dans le bon ordre : avant d'ouvrir largement les marchés des biens et des capitaux, il aurait fallu consolider le modèle social ou choisir délibérément un modèle "à l'anglo-saxonne". Par ailleurs, les leviers d'action sont désormais au niveau européen, grippés au moins temporairement par le "non" au référendum. S'il est absolument essentiel de les mobiliser, il sera donc sans doute difficile d'en attendre des résultats visibles à l'horizon d'une législature. Reste que la crédibilité sur ce thème pourra faire office de "joker".

Enfin, puisqu'il s'agira d'un combat des crédibilités, il est possible que la question du bouclage budgétaire des programmes compte plus que les années précédentes. En effet, s'il est impossible de savoir si un candidat a réellement l'intention de tenir ses promesses, il est possible d'indiquer si elles sont compatibles entre elles, ou non, compte tenu des ressources publiques. Le rôle des observateurs extérieurs, dont debat2007.fr, sera particulièrement important pour pousser les candidats à présenter un chiffrage précis du coût de leurs engagements. Il est également possible que, dans ce cadre, les candidats soient alors conduits à expliquer par quelles actions de réforme publique ils trouveront les marges de manœuvre qui leur manquent.

Hypothèse 3 : c'est le climat début 2007 qui fera la différence

A moins qu'un (ou une) candidat(e) ne se détache largement en apparaissant comme le (la) plus crédible sur le terrain social, c'est en dernier ressort le climat qui tranchera. Si l'insécurité (violences, terrorisme…) domine, la droite pourra l'emporter. Si le climat social (chômage, précarité…) domine, la gauche partira gagnante. Le risque est alors que les candidats emploient davantage d'énergie à instaurer le climat qui leur est le plus favorable, par des actions de communication ou de "spin" plus ou moins avouables, qu'à la recherche de solutions dans les domaines où ils sont les moins crédibles…