Dans la commune de Normandie où je passe le dimanche, j'ai reçu le 3CBI Magazine, n°1 ! Derrière ces initiales que bien peu d'électeurs comprendront, se cachent huit pages tout en couleurs à la gloire des réalisations de la communauté de communes du coin, qui recouvre dans les faits les communes du canton et leurs 9 000 habitants. Ce nouvel échelon, qui vient s'interposer entre les communes et le département, tout comme les régions sont venues s'intercaler entre les départements et l'Etat, est une réponse sans doute raisonnable au fait que la plupart des 36 000 communes de France n'ont pas la taille suffisante pour gérer efficacement un certain nombre de services publics. Mais c'est une réponse coûteuse, car les communes subsistent, avec leurs frais fixes. Le journal montre un organigramme, avec trente-deux personnes, sous la houlette d'un "Directeur Général des Services". Cela doit représenter deux à trois pour cent des emplois du canton…

En page une, il y a l'éditorial du Président, avec une photo de groupe des maires du canton. Les pages deux et trois détaillent les sept commissions qui se sont constituées au sein de ce nouvel échelon. Assez curieusement, celle des Finances est la seule à ne pas avoir droit à un chapitre à part. Symbolique? Les pages quatre et cinq donnent une carte stylisée du canton avec la photo, individuelle cette fois, de chaque maire.

Les pages six et sept montrent les réalisations : un complexe sportif de 1,5 million d'euros, un "centre multi–accueil" (en fait une crèche) de 1,5 million aussi, un "village d'entreprises" de 1,1 million et un "skate park" de 82 000 euros. Fait remarquable, sur ces 4,2 millions d'euros, la communauté de communes en paiera moins de la moitié. L'Etat y est toujours de sa poche, sauf pour la crèche où la Caisse d'allocations familiales se substitue à lui. Ainsi participe-t-il au "skate park" pour 22 243 euros… On imagine d'ici le fonctionnaire parisien pesant les mérites comparés de ce projet avec d'autres destinés à "appliquer la citoyenneté à un groupe de jeunes", puisque tel est l'objectif affiché de ce projet.

Ce modeste exemple rural pour rappeler quelques règles simples pour faire marcher une organisation, même publique :

  • quand on crée une nouvelle structure, on en profite pour fermer ou réorganiser celles que touche cette création ;
  • une dépense, un seul responsable ;
  • pas trop de photos du patron dans le journal interne.