Sans prendre parti, ce billet rassemble des citations issues de l'actualité de la semaine passée. A vous de juger et de réagir !

Le ministre des Finances britannique Gordon Brown a tenté en fin de semaine dernière de relancer le débat sur le protectionnisme qui agite depuis plusieurs semaines l'Union européenne. Devant le conseil des grands argentiers européens, il a proposé de créer une autorité indépendante pour "traquer et sanctionner" le protectionnisme en Europe. Gordon Brown a recommandé la mise en place d'un "groupe d'experts indépendants pour enquêter sur les secteurs" où la libéralisation et la concurrence ne sont pas optimales, "en toute liberté par rapport aux influences politiques nationales". Selon lui, cette initiative permettrait de "renverser la tendance à l'émergence de protectionnismes nationaux dans l'Union Européenne" et "d'ouvrir davantage le commerce dans le marché unique européen".

Le commissaire européen aux Affaires économiques Joaquin Almunia a indiqué qu'il partageait l'opinion britannique sur la nécessité d'améliorer le marché intérieur, mais qu'il ne voyait pas l'intérêt de créer un nouveau groupe d'experts. En effet, la Commission dispose déjà des "meilleurs et des plus respectés experts en Europe", dont "la parfaite indépendance" est reconnue, a-t-il rétorqué à Gordon Brown. M. Almunia a même rappelé que Bruxelles avait ouvert "2 000 procédures d'infractions la semaine dernière (…) contre dix-sept Etats membres de l'UE, dont le Royaume-Uni".

A l'heure d'Alcatel-Lucent, Suez-Gaz de France, voire du TSM (tout sauf Mittal, pour Arcelor !), le ministre français, Thierry Breton, a ironisé sur l'initiative britannique, estimant "inutile de créer une strate supplémentaire" qui allait encore "accroître la bureaucratie" communautaire. "Il nous appartient à nous", les Etats membres, de travailler à la transparence et à l'harmonisation des marchés. M. Breton a aussi expliqué qu'"il y a des marchés un peu particuliers comme l'agriculture, l'eau et l'énergie" (voilà qui tombe bien pour la France !), où les principes du libre-marché doivent se conjuguer avec le critère de "sécurité des approvisionnements", ajoutant qu'il ne fallait "pas être naïfs sur la mondialisation".

Son homologue allemand Peer Steinbrück s'est contenté de dire que "le protectionnisme n'était pas une réponse à la mondialisation". Et l'Italien Giulio Tremonti a affirmé que les marchés de l'énergie italiens et allemands étaient "les plus ouverts" de l'Union Européenne, et a contesté "le rôle de la main publique" dans ce secteur. L'Italie accuse notamment la France d'empêcher le rachat du groupe Suez par Enel, tandis que l'Allemagne reproche à l'Espagne de bloquer le rachat d'Endesa par E.ON.

Quant à Ernest-Antoine Seillière, ex-patron du Medef, aujourd'hui président de la Confédération des entreprises européennes (nouveau nom de l'Unice), il a considéré que le marché français était "totalement ouvert" (ben voyons ! Oups. Désolé, j'avais promis de ne pas donner mon avis !). "La réputation de protectionnisme de la France est une vieille lune", a-t-il assuré, alors que Paris a été vertement critiqué par la Commission européenne, notamment sur sa législation "anti-OPA" jugée "protectionniste". Selon lui, avoir "envie de rester entre soi, ce n'est pas interdit s'il y a possibilité de le faire, ce n'est pas du protectionnisme". "Vous pouvez acheter en France une entreprise en faisant une offre et si ceux qui veulent faire une offre se font dissuader par des campagnes de presse, des criailleries politiques, c'est leur faute", a-t-il martelé, ajoutant : "le marché français est totalement ouvert". Et de conclure : "nous ne sommes pas menacés par un protectionnisme en Europe. Il peut y avoir des tendances, mais je pense que nous n'avons pas là-dessus la moindre crainte", a-t-il conclu.

Bref, le Credo du Patriotisme Economique n'est pas prêt d'être abrogé, lui… Pourtant, il trouve parfois ses limites - voir le rachat par BNP Paribas, un Français, de BNL, un Italien, tout simplement parce que... le meilleur gagne... sans vague... ni discussion talmudique.