Par Barras

Les jeux de mot sur les républicains devenus royalistes et sur la voie royale qui s'ouvre devant eux masquent difficilement le désarroi des dirigeants du Parti socialiste. Claude Bartolone, le second de Laurent Fabius, se montre de plus en plus irrité : il a pris la semaine dernière Julien Dray à partie en apprenant que celui-ci organisait méthodiquement les déplacements de Ségolène dans les fédérations socialistes. Sa rage s'est encore accrue quand il a compris que François Rebsamen, le maire de Dijon et principal soutien de François Hollande, faisait aussi partie de la garde rapprochée de Ségolène. Fabius en est désormais convaincu, Hollande joue double jeu. Même si une victoire de sa compagne bloquerait sa carrière, il semble qu'il ait fait le choix de la préparer en sous-main, loin des accords implicites du congrès de l'automne dernier au Mans. Résultat, Fabius a prévu une visite d'ici à la fin avril dans le Nord-Pas de Calais, puis il ira faire une série de conférences à Chicago. Poussera-t-il jusqu'au Québec ? Il pourrait y faire des rencontres…

Henri Emmanuelli est lui aussi très agacé par les ralliements "royaux" d'élus, y compris parmi ceux ayant appelé à voter "non" au référendum européen. Pour la préparation des élections de 2007, il est chargé de rassembler les contributions issues de la base du Parti, avec l'objectif final d'en faire la synthèse avec les travaux des groupes d'experts. Il a déclaré solennellement, début avril, qu'il allait par ce biais concocter un programme tellement à gauche que Ségolène, qui se sent des velléités blairistes, devrait officiellement rompre avec le Parti ou assumer des idées qu'elle ne partage pas. Mais en fait de position "à gauche toute", ce qui remonte des fédérations, c'est un ras-le-bol contre la charge de financement croissante du RMI, qui pèse sur les départements : les élus locaux, qui constituent l'ossature du Parti, sont remontés contre la générosité de l'Etat-providence, maintenant que ce sont surtout les dépenses des collectivités locales-providence. D'abord surpris, Emmanuelli déclare comprendre ces réactions, et rappelle qu'il est également président du Conseil général des Landes, dont les finances sont elles aussi mises à mal par le RMI.

Les autres partis de gauche s'interrogent sur la tactique à suivre. Les Citoyens de Chevènement ont annoncé leur soutien à Fabius. Si celui-ci devait renoncer, "Jean-Pierre" serait prêt à se dévouer. Seulement, les sondages prédisent un résultat médiocre, en dessous des 5% ouvrant droit au remboursement des frais de campagne.

Le PC n'a rien décidé lors de son congrès, Marie-George Buffet ayant simplement fait savoir à des proches que soutenir José Bové n'était pas digne de l'histoire du Parti. Pour l'instant, elle a lancé une pétition contre le libéralisme qui devrait servir de base aux négociations avec ses partenaires potentiels, notamment le PS. Les nostalgiques du stalino-brejnévisme, que la direction du Parti appelle les "orthodoxes ringards" et qui sont conduits par André Gérin, le maire de Vénissieux, ont fait comprendre qu'un accord avec les trotskistes serait plus qu'une trahison, une véritable humiliation…

Quant aux trotskistes, ils partent en ordre dispersé. "Arlette" ira une fois encore au combat : ainsi en a décidé Lutte ouvrière à son congrès du 7 décembre dernier. Ce parti veut faire cavalier seul car il s'inquiète des dérives anti-européennes de l'extrême gauche : pour Lutte ouvrière, qui avait appelé à voter "oui" à Maastricht, Attac et les altermondialistes développent un discours contraire au principe de l'internationalisme prolétarien.

A un an du scrutin, l'impression générale est que rien n'est fait : la gauche a difficilement gagné en Italie, malgré son union et le bilan mitigé de Berlusconi. Certains commencent à se demander s'il ne faudra pas faire le grand écart en allant voir du côté de François Bayrou. C'est pourquoi, quand celui-ci a fait savoir à François Hollande que Jean-Marie Cavada serait candidat à Montpellier aux municipales contre Georges Frêche, Hollande n'a pas hurlé : mais veut-il ménager l'UDF, ou tout simplement se débarrasser de Georges Frêche… ?



Barras est le pseudonyme d'un haut fonctionnaire, proche du Parti Socialiste.