Le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault doit être en ce moment un syndicaliste heureux. Alors qu'il y a quelques mois, sa stratégie réformiste était contestée au sein de la CGT, la victoire remportée dans la lutte contre le Contrat première embauche (CPE) vient redorer son blason. Seul candidat à sa succession, il devrait être sans surprise porté pour la troisième fois à la tête de la CGT, qui réunit son 48ème congrès à Lille cette semaine.

La victoire intersyndicale sur le CPE a remis Bernard Thibault en selle après le camouflet qui lui avait été infligé en février 2005 sur le référendum européen: le comité central de la CGT - sorte de parlement du syndicat - avait rejeté à 82% la position de neutralité qu'il défendait.

Après trois années marquées de nombreux revers, de la réforme des retraites à la privatisation d'EDF, Thibault va s'appuyer sur la victoire sur le CPE pour défendre sa stratégie alliant négociation et lutte revendicative, avec la recherche de l'unité syndicale. La volonté de la direction d'ancrer la CGT dans le syndicalisme européen et mondial pourrait occasionner des affrontements, mais les échanges les plus âpres devraient porter sur la réforme du système de répartition des cotisations. Il vise à doter la confédération et les syndicats de base de moyens plus importants pour investir le secteur privé et les PME où la CGT est quasi totalement absente. Mais certaines grosses fédérations - cheminots, agroalimentaire et chimie en tête - y sont vivement opposées, craignant une diminution de leur ressources et un contrôle accru de la confédération. L'enjeu est aussi stratégique : le nouveau système permettra de connaître en temps réel les effectifs, et donc le poids politique, de chaque fédération professionnelle et union territoriale.

Or la CGT, première et plus ancienne confédération syndicale de France, n'a pas les faveurs des Français. Ainsi, selon un sondage Ifop réalisé les 20 et 21 avril pour Ouest France Dimanche, la CFDT apparaît comme le syndicat qui bénéficie de l'opinion la plus positive (61%, + 2 points par rapport à septembre 2005), devant FO (55%, +1 pt), la CGT (51%, -4 pts), la CFTC (51%, + 7 pts) et la CGC (50%, + 4 pts). Il est intéressant de noter au passage que, d'après ce même sondage, les Français font confiance à 51% aux syndicats, au lendemain de la crise du CPE, mais que ce taux est en recul par rapport à septembre 2005 (57%). Sans surprise, ce niveau de confiance est toujours plus élevé chez les jeunes (69%), ainsi que chez les salariés du secteur public (61%) contre 47% pour les salariés du secteur privé, et 44% pour les commerçants et artisans, et chez les sympathisants de gauche (70%) contre 31% pour les sympathisants de droite.

Dès lors, il n'est pas étonnant que Bernard Thibault tente de transformer l'essai CPE. Ainsi, il a déclaré vouloir "mettre en avant" lors de ce congrès la contestation du Contrat nouvelle embauche (CNE) dans les défilés du 1er mai. "Au congrès, nous réaffirmerons notre ambition de parvenir, avec les autres organisations, à interrompre les recrutements en CNE pour renégocier le droit applicable aux salariés aujourd'hui en CNE. Il n'y a pas de raison que les deux clauses contestées dans le CPE - non motivation du licenciement et période d'essai de deux ans - perdurent au motif qu'elles seraient appliquées aux salariés de tout âge dans les petites entreprises", a affirmé le leader de la CGT. A suivre, donc...