Par Netpolitique.net[1]

A force de prédire l'avènement imminent d'une campagne en ligne alimentée par des nuées de blogs de tous bords, on en avait presque oublié qu'internet ne se réduisait pas qu'à la blogosphère, et que le fameux Web 2.0 ne se résumait pas qu'à des contenus écrits, fussent-ils hypertextuels.

Mi-avril, le parti socialiste a mis en ligne sur son site l'une des toutes premières vidéos offensives de la net-campagne. La vidéo met en scène la "karcherisation" d'un code du travail, et appelle à rejoindre les rangs du parti socialiste pour défendre le droit du travail. Le clip, simple mais efficace, a tout du tract politique adapté au petit écran.

En effet, libérés du carcan du téléviseur, l'audio et la vidéo sont des formats de plus en plus prisés, et aisés à diffuser depuis un blog, un site, ou l'un des multiples portails de diffusion vidéo qui accueillent chaque jour gratuitement des milliers de vidéos amateurs, allant du clip façon vidéogag au pamphlet politique.

Largement utilisés pour diffuser des images de la contestation, des Assemblées générales et des manifestations vécues de l'intérieur lors du mouvement contre le CPE, ces vidéos militantes ont vocation à se généraliser au fur et à mesure de la campagne. Qu'elles visent à rendre compte du discours d'un candidat, pris à la volée (un téléphone 3G fait l'affaire) lors d'un meeting, ou à attaquer un adversaire, ces vidéos sont excessivement aisées à réaliser, diffusables gratuitement via les blogs et réseaux vidéos, et quasiment intraçables si tel est le souhait de son auteur.

Au-delà des usages amateurs, la diffusion d'interviews ou de clips audio-vidéo sous la forme de podcasts, offre aux candidats eux-mêmes d'intéressantes perspectives en matière de publicité politique. Autant la diffusion de spots politiques à la télévision est rigoureusement (et excessivement) règlementé, autant la diffusion de podcasts est absolument libre de toute contrainte de temps de parole ou de format, comme le confirmait il y a peu le CSA.

Bref, en l'absence d'obstacles juridiques réels, et en présence de nouvelles opportunités de faire passer en images un message, qui plus est au travers d'un format dont on sait que l'impact émotionnel dépasse de loin le poids des mots, on imagine mal les candidats en campagne faire l'impasse.

Militantisme moderne ou marketing politique à l'américaine ? Il y a fort à parier qu'un certain nombre de francs-tireurs tutoieront allègrement la ligne jaune, se livrant à des attaques ad hominem comme cela est courant aux Etats-Unis. Il faut espérer cependant que les acteurs institutionnels, au premier rang desquels les partis politiques, sauront faire preuve de discernement, en privilégiant la contribution au débat, plutôt que les coups bas.

Notes

[1] , le site des phénomènes politiques sur Internet et par Internet.