Je reviens sur la professionnalisation de l'enseignement supérieur puisque deux contradicteurs ont mis en cause la pertinence de mon analyse et des informations sur lesquelles elle était fondée. L'un, Bernard Girard, la considère assez banale et affirme qu'elle ne tient pas grand compte de la réalité. L'autre, Olivier Bouba-Olga, me reproche d'avouer mon ignorance, de bâtir mon analyse sur du vide et d'étaler ainsi mon incompétence. Je les remercie en tout cas d'avoir signé leurs commentaires et d'avoir refusé ainsi le confort du pseudonyme.

Revenons sur la "réalité" et mon ignorance à son sujet. Je n'ignore évidemment pas les multiples initiatives qu'ont prises de nombreuses universités pour introduire formellement des formations "professionnalisantes", mais la question n'est pas là. La question est uniquement de savoir si ces formations aident ou non à la professionnalisation des étudiants, et dans ce cas, mieux vaut avouer une ignorance que d'affirmer de fausses certitudes, en écrivant par exemple que le taux de chômage des diplômés de l'université est faible. Si l'on écarte le cas particulier des Staps (diplôme d'éducation physique), il est, selon le ministère, d'environ 14% trois ans après l'obtention d'une licence ou d'un master, alors qu'à niveau égal, il est inférieur à 5% pour élèves sortant d'une école d'ingénieurs ou de commerce. Permettez-moi d'ailleurs de mettre en doute ces données elles-mêmes, au moins pour ce qui concerne les universités car, notamment au niveau de la licence, la méthodologie utilisée par celles-ci, essentiellement déclarative sur échantillon, ne me semble pas exempte de biais. Grâce à un meilleur suivi de leurs élèves, les écoles fournissent a priori des données plus fiables. Bernard Girard pense que "si les résultats ne sont pas à la hauteur, c'est que l'on ne s'est jamais donné la peine d'évaluer l'efficacité de cette professionnalisation". Cela est vrai pour une évaluation formelle mais celle-ci est-elle nécessaire alors qu'il existe un moyen simple et rapide d'évaluer les différentes formations : il suffit d'interroger les employeurs, patrons d'entreprises ou directeurs de ressources humaines. Quiconque se donnerait la peine de le faire, pourrait craindre que son bel optimisme ne s'envolât rapidement.

Je crois en fait que la raison profonde de cet échec est à rechercher dans un malentendu sur ce qu'est une véritable professionnalisation. Bernard Girard semble opposer apprentissage des méthodes de raisonnement et acquisition de compétences professionnelles. Cette opposition ne me semble pas pertinente. Professionnaliser un élève ou un étudiant, c'est lui apprendre, outre les savoir de base dans une discipline, les comportements et les modes de travail (comme le travail en équipe, par exemple) qui lui permettront d'être apprécié dans l'entreprise ; c'est lui montrer comment un savoir théorique peut être transformé en action, c'est en faire un adulte responsable et cultivé au lieu d'un éternel étudiant. Les connaissances ne sont pas synonymes de compétences. A ce propos, BeTrave, le diplôme ne garantit souvent que les premières, il n'est donc pas inutile que les entreprises valident les secondes lors d'une première embauche.

Et que dire de tous ceux à qui l'on ouvre toutes grandes les portes de l'université après le baccalauréat pour les rejeter quelques années après sans aucune qualification supplémentaire ?