On dénonce régulièrement la sur-représentativité des hauts-fonctionnaires parmi les parlementaires. On dénonce tout aussi régulièrement la professionnalisation des parcours politiques, symbolisée par le cumul des mandats et une longévité excessive. Et en effet, le constat est sans appel : peu de démocraties occidentales, en dehors de l'Italie, connaissent de telles dérives qui nuisent au renouvellement des idées.

Le concept de "retraite politique" prend en France un relief particulier, car, sitôt prononcé, celle-ci se manifeste par l'obsession du retour. Comme si le renouvellement de la classe politique était impossible. Comme si aujourd'hui, être actif en politique, c'était au fond le seul moyen de servir l'intérêt général. Comme s'il n'était pas possible de servir son pays par le développement de son économie et par la création directe d'emplois et de richesses.

Chaque jour en effet, on ne cesse de murmurer dans la presse le retour permanent dans la vie politique "active" de deux anciens Premiers Ministres français, Alain Juppé et Lionel Jospin. De fait, il s'agit non pas d'une retraite mais d'un retrait tactique. Le buzz médiatique, les mises en scène, tous les ingrédients sont de la partie ! Avec un peu de recul, un tel spectacle peut laisser pantois.

En lançant la comparaison avec d'autres démocraties, cela devient cruel. Prenons comme le cas des Etats-Unis et deux de leurs personnalités politiques éminentes, Al Gore et Colin Powell, qui n'ont rien à envier à nos anciens Premiers Ministres. Après une carrière brillante mais aussi des déconvenues électorales ou politiques, ils ont tous les deux pris la décision de cesser leurs activités politiques "professionnelles" pour servir autrement les intérêts de leur nation (et accessoirement de leurs revenus, mais il n'y a rien d'anormal à cela !).

En effet, ils ont considéré que devenir simple congressman ou sénateur (voire se représenter à la plus haute fonction) avait peu de sens après une telle carrière ; ils ont constaté qu'ils pouvaient capitaliser autrement sur leur notoriété, leur influence et leur expérience internationale. Ils se sont donc logiquement mis au service du développement des entreprises américaines, au sein de fonds de private equity ; ils se sont centrés sur le développement de secteurs industriels d'avenir, hautement stratégiques et à forte densité technologique. Autrement dit, des secteurs qui créeront la richesse future de leur nation. Ce qui est par ailleurs intéressant, c'est que les activités professionnelles d'Al Gore ne l'ont pas du tout empêché d'intervenir lors de la campagne présidentielle de 2004 ; le tout en conciliant sa stature incontestable d'homme d'Etat et une liberté de ton et de langage totale, en apportant donc une réelle valeur ajoutée au débat !

Peut-on imaginer en France un ex-homme (ou femme) politique de premier rang s'impliquer sur le long terme dans l'appui à l'exportation sur les marchés émergents, au développement des PME ou encore au développement de nouveaux secteurs industriels ? Je laisse chaque lecteur libre de la réponse à cette question, mais personnellement, j'exprime quelques doutes sérieux.

Malheureusement, tout cela met en exergue deux blocages majeurs de la classe politique française : le conformisme de son élite politique mais surtout son incapacité culturelle à reconnaître que les entreprises contribuent de manière essentielle à l'intérêt général.