Par Vincent Piquet[1]

Les déboires de fin de règne ne sont pas que français ou chiraquiens… Tony Blair a dû remanier son gouvernement suite aux résultats décevants de son parti aux dernières élections. Les journalistes politiques outre-manche ont donc passé peu de temps sur les derniers rebondissements gaulois.

Le suspens politique est pourtant à son comble suite aux évènements des dernières semaines. Le combat des chefs prévu à droite n'aura finalement pas lieu – Clearstream est passé par là. Avant même que la campagne officielle ait demarré, la candidature Villepin a fait pschttt…

Les journaux anglais ont bien saisi l'aspect exceptionnel de ce retournement : tous les grands titres parlent de Watergate, beaucoup insistent sur la vente des frégates, les comptes secrets et les espions, quelques-uns font du théâtre : "Stitched up Sarkozy plans a court coup" titre ''The Sunday Times'', opposant le "fiery, diminutive interior minister" à un Villepin "aloof and elegant". Le général Philippe Rondot est comparé à Lawrence d'Arabie…

Ce qui fascine, ce sont les choix si lourds de conséquences qui s'imposent à Sarkozy : la tentation de vengeance bien sûr - tactique, et tragique ; l'impératif d'apaisement et de réconciliation – stratégique ; le choix du bon calendrier de départ en campagne. Pour le Financial Times, ajouter une crise politique à un problème judiciaire ne pourrait que rendre la situation incontrôlable, même pour Sarkozy.

The Guardian se penche sur le sort de Jacques Chirac et sa gestion de la crise, insistant sur ce silence si lourd de sens du président jusqu'à présent. Les chuchotements qui se font entendre ici et là ne seraient que l'annonce d'une "fin ignoble" au terme de trente ans d'une lente progression jusqu'au sommet.

Enfin, loin de ces dilemmes de tragédie grecque, l'International Herald Tribune pose la question de la volonté de réforme chez Sarkozy, et s'interroge sur les conséquences de ces révélations sur le vote de l'année prochaine. L'auteur remarque que le président de l'UMP a considérablement assoupli son discours après les émeutes et manifestations et risque de devenir "as nonexplicit as everybody always sounds in France".

Cette campagne commence donc en fanfare. Mais comme vient de le montrer Villepin, le risque de faire "Pschttt" sont réels pour tous, du trop pressé monsieur Sarkozy à une madame Royal toujours sans programme.

Notes

[1] Vincent Piquet est executive audit manager chez General Electric.