Vous avez aimé la semaine passée... vous adorerez la prochaine ! La France vibrerait-elle aux sons de l'affaire Clearstream ? Pas sûr. Mais les médias, oui. Et la semaine qui s'ouvre pose des interrogations. Remaniement ministériel, accession de Nicolas Sarkozy à Matignon... Ses proches sont de plus en plus nombreux à se faire à cette idée, tout en pointant la "difficulté" à laquelle serait soumis leur champion qui a fait de la rupture le leitmotiv de sa future campagne présidentielle.

Lundi 8 mai, jour de commémoration de la victoire des Alliés sur les nazis, public et journalistes avaient un regard neuf sur les cérémonies sous l'Arc de Triomphe. Pour une fois, ni les anciens combattants, bardés de leurs prestigieuses et méritées décorations, ni le protocole n'attisaient les regards. L'attention était ailleurs. Jacques Chirac a salué l'ensemble du gouvernement, mais quelle était l'intensité de sa poignée de mains avec tel ou tel ? Même question pour Dominique de Villepin, le Pemier ministre, déstabilisé. Comment interpréter la "sincérité" de la bise de Michèle Alliot-Marie aux différents membres du gouvernement ? Au baromètre du nombre de photographes et autres cameramen, Sarkozy a été le grand gagnant. Visiblement plus à l'aise que le 11 novembre dernier - où le ministre de l'Intérieur était englué dans ses affaires personnelles - Sarkozy était plus à son affaire.

"Si le président de l'UMP devait accepter la charge de Premier ministre", il devrait "avoir une forte liberté d'action et de moyens", a prévenu Patrick Devedjian, son conseiller politique dans un entretien au Monde. Et ce, pour "mettre en oeuvre son propre projet, en anticipant d'une certaine manière la rupture qu'il propose pour 2007". A ce stade, l'arrivée de Nicolas Sarkozy à Matignon pour succéder à Dominique de Villepin, empêtré dans la poisseuse affaire Clearstream, n'est que pure spéculation, alimentée à coup de confidences. D'abord, parce que la justice n'a pas dit qui avait fauté dans cette affaire politico-financière (faussement soupçonné d'avoir des comptes occultes à l'étranger, Nicolas Sarkozy, qui s'est porté partie civile, doit être entendu cette semaine par les juges). Ensuite, parce que l'Elysée dément de la façon la plus formelle lui avoir demandé de réfléchir à l'option Matignon, lors du tête-à-tête que Jacques Chirac a eu avec lui vendredi dernier.

Dès lors, que penser ? Alors que la gauche se refait une santé et une image, grâce à cette affaire pitoyable, que certains appellent à la démission du gouvernement, voire à des élections anticipées, où à une sixième République, une nouvelle fois, je m'interroge... Si "élever le débat est une façon élégante de le perdre de vue" (cf. la pensée de Grégoire Lacroix, en exergue sur ce site), l'occulter pour rester au ras des pâquerettes ne serait-il pas pire ?