Par Cambacérès

Décidément la période qui nous sépare des élections de 2007 n'est pas pour l'UMP un long fleuve tranquille. Ce qui ne poserait pas de problème si les feuilletons médiatiques ne masquaient pas l'essentiel, à savoir le débat sur les idées et les programmes.

Et tandis que la France satisfait son goût du complot, l'UMP continue de développer sa réflexion, consacrée en mai à la justice. Un amusant clin d'œil à l'actualité…

Mais parlons économie, domaine dans lequel quelques principes semblent concrétiser la volonté de rupture du candidat naturel de l'UMP.

Parmi ceux-ci figure notamment l'idée de créer une différence entre les revenus du travail et ceux de "l'assistance", quoi que ce terme ait de péjoratif.

Derrière cette idée à l'apparence populiste se dissimule un véritable problème économique, celui des "trappes à inactivité" : en clair, si une personne sans emploi qui reprend une activité perçoit plus de revenus d'activités mais moins d'allocations, son gain net ne sera pas suffisant pour la motiver dans sa démarche. Ce phénomène est notamment observé chez les Rmistes qui ont peu d'intérêt à reprendre un emploi à mi-temps.

Pour mener la réforme, l'UMP souhaite d'une part créer une différence plus grande entre ces deux types de revenus pour inciter à l'activité, et d'autre part faire exercer aux bénéficiaires de minima sociaux une activité d'intérêt général pour leur éviter une coupure avec le milieu du travail.

Il faut d'abord préciser que cette volonté ne constitue pas, en droit, une rupture avec les choix faits ces dernières années par les gouvernements des deux couleurs. Ainsi a-t-on multiplié les dispositifs permettant à un chômeur de mieux profiter de sa reprise d'activité, avec la création de la prime pour l'emploi, et la reconnaissance du cumul partiel du RMI, des allocations logements et d'un revenu d'activité. Ainsi a-t-on, avec le PARE, créé le principe de la contrepartie des allocations chômages, sous forme d'une obligation de recherche d'emploi, et avec le RMI l'obligation de suivre un parcours d'insertion.

Pourtant, ces avancées ont été insuffisantes. D'abord la PPE a-t-elle répondu à la tendance très française du saupoudrage, en vertu duquel chaque mesure doit créer des droits pour un maximum de bénéficiaire, diluant l'effort financier jusqu'à ce qu'il ne représente plus grand-chose pour chaque individu. Pour ce qui est du PARE, la gestion administrative très bienveillante du contrôle des chômeurs a enlevé à celui-ci toute réalité. Pour le RMI, l'insertion reste théorique, et l'inactivité devient durable.

Alors, quelle voie peut prendre une vraie rupture ? Elle ne serait pas celle du droit, mais celle de la pratique. Elle aboutirait à faire des choix réels, et tournerait le dos à l'habitude française de ne pas en faire pour ne fâcher personne. Le choix, par exemple affiché ici par l'UMP, de concentrer une prime pour l'emploi plus élevée sur un nombre nettement plus réduit de bénéficiaires ou d'instaurer une contrepartie réelle aux allocations chômage ou au RMI. La rupture ne sera donc pas l'annonce de ces mesures mais leur pleine et entière application, au besoin en mécontentant dans l'immédiat pour créer plus tard un meilleur niveau de bien-être collectif. Souhaitons que ce type d'idées ne reste pas un vœu pieux ; à défaut, la rupture aura seulement été celle du discours.

Cambacérès est le pseudonyme d'un magistrat à la Cour des comptes.