Dominique de Villepin tiendra jeudi sa onzième conférence de presse mensuelle, un an, jour pour jour, après son accession à Matignon. Grand admirateur de Napoléon, il avait annoncé à son arrivée qu'il se donnait "100 jours" pour restaurer la confiance, alors qu'une forte inquiétude sociale s'était exprimée lors du référendum sur la Constitution européenne.

Dès ses premiers jours, il se lance au pas de charge dans la bataille pour l'emploi. Son leitmotiv : "agir vite". Il impose donc par ordonnance le Contrat Nouvelle Embauche (CNE), décrié par les syndicats et frappé d'une première motion de censure de la gauche. "J'ai pas le temps ! Moi, je shoote", confie-t-il un peu plus tard, à la veille du lancement du CPE, mi-janvier.

La suite... on la connaît trop bien. Contraint en avril de retirer cette mesure qui a jeté des millions de manifestants dans la rue, il sort politiquement affaibli d'une crise sociale qui fragilise la droite au pouvoir. Chirac est obligé d'intervenir personnellement à la télévision et Sarkozy - son adversaire juré - est appelé à la rescousse pour mener à bien les tractations avec les parlementaires. Moralité: lorsqu'on fait fi de la discussion, de la négociation, le temps "gagné" au mépris du dialogue (donc des autres) n'est que bombe à retardement qui finit toujours par exploser dans les mains de l'impétrant.

Et pourtant, le taux de chômage, qui atteignait 10,2% à l'arrivée de Villepin à Matignon, est passé sous la barre symbolique des 10% en juillet, pour s'afficher à 9,5% fin mars 2006. Chacun peut y voir, bien sûr, une explication différente. Pour Villepin, c'est le résultat de "la mobilisation sans précédent du gouvernement", aidé par "le retour de la croissance". Pour l'opposition et les syndicats, il s'agit d'un rideau de fumée qui cache une augmentation de radiations de chômeurs par l'ANPE et une hausse des contrats aidés.

Reste que les chiffres sont là, tout comme comme l'impression de gâchis que laisse la déplorable prestation de notre Premier ministre dans le domaine du dialogue social. Et les envolées lyriques dont il est familier n'y changeront rien.

On me reprochera peut-être une fois encore de critiquer la forme, alors que l'important réside dans le fond. Mais lorsque le fond est masqué par l'agitation verbale et le délire comportemental, je m'agace. Qui donc a dit un jour : "Avec de l'audace, on peut tout entreprendre, on ne peut pas tout faire" ? Réponse : Napoléon. Tiens, tiens...