Par Ibtisam Nasser[1]

Si la France semble très présente dans la presse quotidienne panarabe, c'est surtout pour son rôle international, plus particulièrement dans le monde arabe et son environnement (nucléaire iranien, conflit israélo-palestinien, crise libano-syrienne, demande d'excuses par l'Algérie, terrorisme, sanctions envisagées par la Turquie, relations avec les pays arabes). Elle intéresse aussi par les événements culturels et politiques relatifs au monde arabe qui s'y déroulent : festival de poésie franco-arabe, manifestation de soutien aux prisonniers politiques syriens ou encore "la première embrassade d'un maire islamiste avec un maire israélien" lors d'une réunion à Nîmes. Enfin, la France rayonne par sa vie culturelle, au festival de Cannes… et par les prouesses de Zidane.

Les commentaires sur la politique intérieure sont bien moins élogieux. "Zidane est français, Moussaoui marocain", titre Al Quds Al Arabi qui s'étonne de l'insistance de "la télévision française particulièrement raciste" à rappeler les origines des ressortissants français "quand ceux-ci ne font pas partie des vainqueurs" ; et de rappeler qu'il n'est jamais indiqué "N. Sarkozy, Français d'origine hongroise".

La presse présente de façon exhaustive "la loi du ministre de l'Intérieur visant à durcir les conditions d'entrée en Franceé". Si Al Quds Al Arabi estime que "la France n'a pas connu depuis des années une telle mobilisation en faveur des immigrés", Al Hayat rappelle que la manifestation du 13 mai n'a pu rassembler que "quelques milliers de personnes" et Asharq Al Awsat que "malgré l'opposition des instances religieuses (…), des ONG et des partis de gauche (…) ce discours sécuritaire est soutenu non seulement par la droite et l'extrême droite, mais également par les milieux populaires, premiers lésés par les conséquences de l'immigration clandestine". Le rapport d'Amnesty International sur la violence et l'injustice policières subies par les personnes noires ou d'origine maghrébine donne "une vision noire de la situation des droits de l'homme en France, devant laquelle le ministère de l'Intérieur (…) reste sourd". Outre l'immigration, le rôle de la rue française et son pouvoir, en comparaison avec la faiblesse de la rue arabe, suscitent l'admiration dans les colonnes d'Al Quds Al Arabi.

Pour Al Quds Al Arabi, "la classe politique française a oublié tous ses problèmes économiques et sociaux pour encore une fois mettre l'accent sur l'immigration". La loi signifie "un refus de voir entrer des musulmans et des Arabes, particulièrement s'ils sont pauvres". L'article explique que "l'immigré exemplaire dont rêve la France n'existe pas", car "tout migrant diplômé ou cherchant à investir se dirigera vers d'autres pays lui proposant des salaires plus élevés, une acquisition de la nationalité plus facile et une fiscalité moins lourde".

Al-Hayat et Asharq Al Awsat pensent que cette loi est destinée à "effacer les images de véhicules incendiés" et "l'explosion de colère noire des banlieues" de l'automne. Al Hayat poursuit "les Français ont échangé les valeurs d'égalité, de justice et de tolérance contre surveillance, main de fer et promesse de sécurité généralisée".

Pour les trois quotidiens, la question de l'immigration, "arme des pauvres, aiguisée par (…) les images de prospérité diffusées par la mondialisation triomphante" se pose "sur fond de concurrence électorale".

Bien que la presse panarabe envisage surtout la politique française au prisme de l'immigration et de la place de l'islam, l'ambiance de campagne électorale n'a pas échappé à ses observateurs. Ainsi "la droite française mise sur cette nouvelle loi pour couper l'herbe sous les pieds de l'extrême droite", d'après Asharq Al Awsat. Elle "est destinée à la consommation interne et à contenter les ambitions présidentielles de N. Sarkozy (…) qui sait parfaitement que la cause des problèmes de la France n'est pas l'immigration" analyse Al Quds Al Arabi. Dans un autre article, le quotidien indique que "pour les télévisions françaises, Sarkozy est un produit vendeur, très demandé jusqu'au printemps prochain".

Dans une série d'articles alarmistes sur le rapprochement voulu par Philippe de Villiers avec certaines franges de la communauté juive de France "contre l'islamisation de la France" et sur la base "l'ennemi de mon ennemi est mon ami", Al Quds Al Arabi constate que "de Villiers a tort d'en vouloir à N. Sarkozy de lui avoir volé son slogan "La France aimez-la ou quittez-la" (…) et qu'il devrait plutôt savourer en silence sa victoire".

Al Quds Al Arabi se demande par ailleurs si "une femme deviendra présidente de la République". Rappelant l'histoire des femmes françaises en politique et leur participation limitée dans ce pays "à la culture latine, méditerranéenne et catholique", le chroniqueur énumère ce qu'il considère comme les points forts de Ségolène Royal, notamment "sa beauté et son charme, les Français étant très sensibles à l'apparence", se demandant si la candidature de cette femme "encouragerait les femmes françaises à davantage s'engager dans la bataille présidentielle".

Notes

[1] Ibtisam Nasser est traductrice au Caire.