Quelques mécanismes économiques ont été évoqués dans les commentaires qui ont succédé mon billet de la semaine dernière. J'essayerai de m'étendre plus longuement sur la dépense publique une prochaine fois ; je souhaite ici m'attarder sur deux points.

1. La mondialisation est effectivement une situation dans laquelle les flux d'échanges entre pays sont en forte augmentation. Cela se traduit par une part plus élevée d'importations dans le PIB. C'est le cas pour la France mais également l'ensemble des pays d'Europe, avec une hausse moyenne de la part des importations dans la demande intérieure d'environ 8 points au cours des dix dernières années (de 27,5% à 35,5% pour l'ensemble de la zone euro). On a observé le même phénomène aux Etats-Unis.

Historiquement, il existe une relation décroissante entre la taille d'un pays et son degré d'ouverture (qui se définit comme la somme des exportations et des importations en pourcentage du PIB). Il est clair que les Etats-Unis et le Brésil sont des économies plus "fermées" que les Pays-Bas.

La hausse de la part des importations dans le PIB ne s'est pas accompagnée d'une tendance similaire des exportations pour un grand nombre de pays européens. Les exportations espagnoles, françaises et italiennes ont stagné depuis 2001, seules celles de l'Allemagne suivant la tendance du commerce mondiale. Il y a donc bien eu pertes de parts de marchés et détériorations des balances commerciales. La mondialisation n'a pas entraîné mécaniquement de "hausse des exportations en proportion".

L'appartenance à une zone monétaire a rendu cette détérioration des comptes extérieurs plus indolore. Dans les années 1970, le franc aurait par exemple été très nettement pénalisé. Pour bien comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvons, il suffit juste de se dire que les comptes extérieurs de la Floride ne sont absolument pas pertinents dans l'analyse du solde commercial global américain. De même en zone euro, le solde commercial globale reste bien orienté, et ceci notamment grâce à l'Allemagne. Si les autres pays n'en pâtissent pas en terme de taux de change, à terme cependant, le risque est celui d'un creusement des inégalités régionales lié à une plus grande spécialisation (créations massive d'emplois de services d'un côté et spécialisation industrielle de l'autre par exemple) : cela va à l'encontre d'une plus grande convergence des économiques et suggère la possibilité de chocs économiques asymétriques plus fréquents.

2. Le partage de la valeur ajoutée. Le PIB (le flux de biens et services produits sur le territoire au cours d'une année) peut être mesuré par la demande (consommation + investissement + dépense publique + variation des stocks + exportations – importations) ou par les revenus associés (les deux plus grands postes sont les profits et les salaires). L'évolution des parts respectives des salaires et profits est désignée sous le terme de partage de la valeur ajoutée.

Ce dernier a été très défavorable aux ménages sur les trois dernières années dans la plupart des économies européennes. La part des salaires dépend de la stratégie des entreprises. En effet, le taux de profit augmente d'autant plus que la croissance des salaires est inférieure à celle de la productivité. Le compromis fordien des années 1960/70 consistait à réguler au mieux ce partage entre salaires et profits. Sur la période récente, dans un environnement de taux de chômage élevé et de concurrence des pays émergents, les entreprises ont pu transformer le partage de la valeur ajoutée à leur avantage : cette hausse des profits n'a pas servi à investir (cf. mon billet précédent) mais surtout à corriger l'excès d'endettement des années 1997/2001, ce qui ne génère pas de demande supplémentaire et déprime l'activité.

Cette moindre croissance des salaires a été dans beaucoup de pays compensée par une hausse de l'endettement. Si une croissance de la dette associée à une hausse du taux d'accès à la propriété n'est pas en elle-même source de grande inquiétude (d'autant plus qu'à 63% le taux d'endettement français reste bien inférieur aux 120% américains...), cette tendance souligne une caractéristique inquiétante de la position des ménages : ils sont de plus en plus porteurs du risque économique jusque-là assumé par les entreprises - risque de hausse des cotisations futures ou de moindre taux de remplacement des salaires lors des départs à la retraite, et risque économique résiduel. Adam Smith justifiait l'existence des profits en expliquant que le salaire garantissait la subsistance de celui qui ne fournissait que son travail. Il s'agissait d'une avance sur les fruits de l'activité. Le résidu, c'est-à-dire la rémunération de l'entrepreneur, rémunérait le risque et l'apport en capital. Il semble que cette logique se soit légèrement inversée, au niveau macroéconomique pour le moins : c'est l'ajustement des salaires dans le cycle qui permet une moindre fluctuation du taux de profits, et donc une moindre volatilité du rendement du capital...