Par Jean-Marc Daniel[1]

Son deuxième mandat s'achève en mai 2007 et alors qu'il ne devrait pas se représenter, tout le monde parle du troisième. L'Accra Daily Mail fait un long article sur le sujet, n'hésitant pas, pour mieux décrire l'ambiance qui règne dans la capitale, à évoquer Jules César de Shakespeare. L'article analyse les complots de palais et les coups bas au sein du gouvernement, et s'interroge sur les intentions d'un président affaibli. Evidemment, l'Accra Daily Mail parle du président Obasanjo du Nigéria....

Au Nigéria, justement, le Daily Sun aborde l'affaire Clearstream. Faisant un parallèle avec le centième anniversaire de la réhabilitation de Dreyfus, le journal souligne qu'en France, le scandale se construit toujours autour des bévues des services secrets. Ecoutes téléphoniques, Rainbow Warrior, Clearstream, on retrouve dans chaque "affaire" politique ce que le journal appelle l'amateurisme des agents secrets français. En revanche, dans le monde anglo-saxon, le scandale relève des affaires de mœurs. Du Premier ministre anglais du XIXe siècle, William Gladstone, surpris en petite tenue dans un hôtel de passe, aux récentes aventures extra-conjugales de John Prescott, le numéro deux du gouvernement Blair, en passant par l'affaire Profumo et le "Monicagate", ce qui heurtent Britanniques et Américains, ce sont les vies privées dissolues. Et le journal de se demander quel aurait été le destin en Angleterre de François Mitterrand, bigame pardonné, pour ne pas dire adulé…

Clearstream est longuement commenté par Fraternité Matin, le journal d'Abidjan. On s'y réjouit sans retenue des déboires de la chiraquie finissante. Dans un long article sur la situation française, l'éditorialiste du journal n'hésite pas à écrire : "le discrédit et le désaveu qui frappent aujourd'hui Chirac, Villepin et Michèle Alliot-Marie sont la vengeance du sang des Ivoiriens injustement humiliés et massacrés depuis le 19 septembre 2002. Car, tôt ou tard, arrive le crépuscule des crapules"… !!!

Deux Français se distinguent plus particulièrement ces temps-ci dans la presse africaine. Nicolas Sarkozy, d'abord, qui s'est rendu au Mali et au Bénin pour justifier sa loi sur "l'immigration choisie". Le journal béninois Fraternité info se montre plus affligé de cette visite que vraiment hostile. L'éditorial du 17 mai se conclut par cette phrase : "le commun des Béninois en a certainement marre de ces rencontres entre dirigeants du monde sans concrète retombée". Et à lire le journal, l'insécurité qui préoccupe les Béninois, ce n'est pas celle du 9-3, mais belle et bien celle des braquages tous azimuts qui affectent Cotonou. Sur le fond, l'éditorialiste rappelle que la France évitera l'immigration en favorisant le développement, tout en conseillant aux Africains de cesser de fantasmer sur un destin meilleur en Europe. L'Afrique a besoin de ses fils et il faut soutenir ceux qui restent pour la construire, plutôt que ceux qui veulent la quitter.

La visite de Sarkozy a surtout permis l'expression d'une lassitude africaine vis-à-vis de la France, que l'on retrouve clairement dans l'éditorial du 30 mai des Dépêches de Brazzaville. Sous le titre "La querelle des visas et le déclin de la France en Afrique", le journaliste aborde les vexations subies par les Africains dans les consulats français. Il insiste notamment sur les difficultés pour obtenir des visas de transit pour ceux qui passent par Paris pour se rendre aux Etats-Unis. Il indique que "le jour est proche où les pays africains en viendront à appliquer la loi du Talion" et, parlant de la politique d' "immigration choisie", la qualifie de "pillage organisé des richesses intellectuelles de l'Afrique".

Le second Français très en vue dans la presse africaine est Henri Michel, l'entraîneur de l'équipe ivoirienne de football. Fraternité Matin ouvre le débat : les "23 Eléphants", c'est-à-dire les joueurs, reviendront-ils d'Allemagne en vainqueurs ? Henri Michel dialogue sur ce thème avec les supporters dans un "chat" sur sa stratégie après la finale perdue de la Coupe Africaine des Nations contre l'Egypte. Décidément, il est vraiment très loin de Paris, cet Henri Michel… Il ne sait pas que tout sélectionneur qui se respecte ne répond qu'après accord de son sponsor…

Notes

[1] Jean-Marc Daniel est professeur à l'ESCP-EAP et rédacteur en chef de la revue Sociétal.