Pour améliorer l'efficacité de l'action publique, beaucoup, moi compris, comptent sur la décentralisation. La dépense au plus près du terrain risque moins de rater sa cible, et la recette devenue moins anonyme a plus de chance d'être mieux raisonnée. Les comptes des collectivités locales pour 2005, qui viennent d'être publiés, n'apportent hélas guère d'argument en ce sens.

Fixons d'abord la référence. En deux ans, 2004 et 2005, inflation comprise, le produit intérieur brut de la France a progressé de 6,9% (3,6% pour l'inflation et 3,1% pour la croissance). Pendant la même période de deux ans, les dépenses des collectivités locales ont augmenté de 15,3% ! Pour la modération, c'est raté… Et leurs recettes ont progressé de 14,9%. L'écart paraît mince, mais cela fait quand même près de cinq milliards de dépenses de plus que les recettes en deux ans. Pour la vertu, ce n'est pas convaincant… Enfin, si l'on regarde le détail des dépenses, les frais de personnel ont augmenté de 12%, toujours sur deux ans, alors que pendant la même période les salaires moyens du secteur privé n'augmentaient que de 5,7%. Pour la gestion, c'est médiocre…

Le pire est du coté des recettes. Oui, le fait que les élus locaux soient plus sensibles à l'argent qu'ils prennent directement dans la poche d'électeurs qu'ils connaissent et qui les connaissent produit bien l'effet escompté : les impôts directs ne progressent que de 10,2% (c'est quand même moitié plus que la croissance du PIB). Mais comme cela ne suffisait pas à leur appétit de dépenses, nos élus ont trouvé une échappatoire à cette contrainte, en augmentant les impôts indirects de toute nature, comme les droits de mutation, carte grise, etc., qui en deux ans ont augmenté de… 65% ! En valeur, alors que les impôts directs passaient de 52 à 57 milliards, les impôts indirects passaient eux de 15 à 26 milliards.

Ce que montrent ces comptes n'est donc pas réjouissant : les dépenses vont bon train, et bien plus vite que notre train national ; pour financer tout cela, d'une part on s'endette et d'autre part on avance masqué dans l'impôt indirect, réputé indolore.

Tous ceux qui croient dans la décentralisation doivent s'inquiéter de ces dérives, et inviter nos élus à faire une démonstration plus convaincante de ses vertus.