"Réussir": à quelques jours du début du baccalauréat 2006, tous les élèves ont cette obsession. Quelles que soient leurs orientations (bac pro, scientifique, économique, littéraire), ils et elles y croient. A juste titre. Pourquoi ? Parce que "le bac", c'est en quelque sorte la permission de tout recommencer à zéro. Une étape suivante pour - au bout du compte - partir dans la vie avec les meilleures chances possibles.

"Changement" : pourquoi vouloir changer ? Par insatisfaction, souvent. Mais aussi pour faire mieux sans renier le passé. Pour progresser.

"Ensemble" : Voilà un mot simple et complexe. Etre seul, par moments, c'est nécessaire. Mais être isolé, non. Etre un individu unique, c'est important. Mais agir au sein d'une collectivité, c'est indispensable.

Trois mots. Le titre que j'ai choisi aujourd'hui. Tous et toutes peuvent y adhérer. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a rien de plus beau, épanouissant, rassurant, dopant, fédérateur, que de vouloir "réussir", "changer" (en mieux, cela va sans dire!), et "ensemble" (famille, collègues, amis).

Pour autant, suis-je en train de vous proposer un programme de gouvernement ? Si vous le pensez, vous faites erreur. Je n'ai pas l'intention de me présenter à l'élection présidentielle de 2007.

Alors quoi ? Vous allez penser que René Sense délire. Non. Je viens simplement de disséquer le titre du projet du Parti socialiste : "Réussir ensemble le changement". Autant dire qu'avec un tel programme, le PS devrait recueillir 90% des votants en mai prochain.

C'est une boutade. j'en conviens. Et pourtant... Quand on oppose "la gauche" à "la droite", dessine-t-on honnêtement la vraie frontière politique d'aujourd'hui ? Je ne le pense pas.

La dernière version du projet du PS souligne d'emblée que les socialistes veulent "agir à gauche" et que leur stratégie est le "rassemblement de la gauche". Elle se fixe pour ambition de "transformer la société", alors qu'"avec la domination de la finance mondiale, le capitalisme change d'impact". Contre la "rupture libérale" prônée par Nicolas Sarkozy, le PS veut faire le choix du "développement solidaire" et entend "répondre à l'urgence sociale".

Mais dans le même temps, au sein même du PS, les critiques fusent. Cherchez la femme... Ségolène Royal, bien sûr. Elle a ouvert un grand débat au sein de la direction du PS avec des propositions musclées sur la lutte contre la délinquance et ses critiques sur les effets des 35 heures dans les classes populaires.

En réalité, par-delà les idées de fond de Mme Royal, c'est sa méthode personnelle qui est prise publiquement à partie, notamment par les proches de l'ex-Premier ministre Lionel Jospin, mais également dans l'entourage du maire de Paris Bertrand Delanoë.

Et Mme Royal persiste et signe. Selon elle, les Français ont "besoin d'oxygène". Elle a raison. Nicolas Sarkozy aussi. Elle donne un coup de barre "à droite", lui "à gauche".

Et si, finalement, la frontière n'était pas entre la droite et la gauche mais entre les conservateurs et les autres, c'est-à-dire entre les extrêmes (de droite comme de gauche) et les hommes et femmes de progrès ?

Faisons un rêve... Le progrès contre le statisme, le pragmatisme contre l'idéologie.

Nous pourrions appeler ce projet : "réussir le changement ensemble". A condition de se débarrasser des scories du débat politique suranné et sclérosant. Je fais ce rêve.