Par Vincent Piquet[1]

En ces temps de Coupe du monde, il est difficile d'échapper aux métaphores sportives filées, quel que soit le sujet. Et les chroniques des grands journaux anglais sur les débuts de la campagne présidentielle française n'y échappent pas. Tous les titres relèvent à quel point la classe politique française semble attendre comme une délivrance le début de cette Coupe du monde : après les montagnes russes de Clearstream, il s'agit de retrouver le chemin de la sérénité et de la concorde... Mot d'ordre général : on ne bouge plus, et on attend. Les courses folles des Bleus devront distraire les électeurs d'une fin de règne chiraquien condamnée à l'immobilisme. Les politiques ont failli, aux footballeurs de réussir…

Quelques articles sont cependant à remarquer. Le Financial Times d'abord, qui relève dans le début de la campagne et le positionnement des candidats une certaine rupture avec les tendances lourdes de la politique à la française. À droite, nous avons un candidat plus proche que jamais des autres partis de droite européens : le candidat d'une droite libérale, qui parle de réduction d'impôts et de réforme de l'État. S'il ne peut se permettre de le dire trop fort, et quand bien même cela ne serait que pour mieux s'opposer au président Chirac, Nicolas Sarkozy adopte un positionnement résolument non conforme à l'orthodoxie gaulliste. Le risque pris – déclencher la réaction épidermique des Français à l'"ultra libéralisme" - est compensé par le bénéfice politique d'un discours relativement neuf, malgré sa tendance populiste.

Pour le Financial Times, le PS a voulu tirer les leçons de 2002 en déplaçant vers la gauche son centre de gravité pour tenter de regagner ces 15% d'électeurs qui en 2002 ont voté pour les candidats communiste ou trostskystes. La plupart des "éléphants" vivent encore dans la frayeur d'un deuxième tour sans représentant de l'opposition, du fait de la dispersion des votes vers la "gauche dure". Ces mouvements tactiques et idéologiques des deux partis, conclue le Financial Times, annoncent un vrai débat de fond, comme la France n'en a pas connu depuis plus de vingt ans.

The Economist constate la montée en puissance de Ségolène Royal ; tout en se gardant de tout pronostic un an avant l'élection, il l'explique, tout comme le leadership à droite de Nicolas Sarkozy, par sa capacité à produire un style et un discours en rupture avec l'idéologie de son camp. L'International Herald Tribune compare le recentrage de Ségolène aux prises de positions d'un Clinton ou d'un Blair à leur époque, avec les succès que l'on sait. Tout le monde attend la suite, mais les analyses sur les réactions possibles des autres poids lourds de la gauche sont encore rares – notamment en ce qui concerne Dominique Strauss-Khan, qui n'apparaît plus comme le plus centriste des socialistes. The Economist conclue qu'un an avant les élections, les sondages se sont toujours trompés sur les deux personnalités appelés à figurer au second tour…

Plus à gauche, The Guardian fait un retour sur le climat dans les banlieues. Les constats n'ont pas sensiblement évolué depuis la crise de novembre - décembre, Timothy Ash résumant de belle manière que la solution aux problèmes des banlieues réside dans les 3 R : "Respect, Recognition & Representation". Respect par le reste de la France ; reconnaissance du problème social des banlieues (notamment au niveau de l'égalité devant l'emploi) ; et représentation politique adéquate. Mais notre journaliste est lui même étonné de la bonne réception des propos au ton martial de Ségolène Royal par les habitants qu'il interroge à Clichy. Sa conclusion : les Français attendent une rupture avec les politiques et les politiciens de ces dernières années, et peut être que Ségolène et Nicolas vont représenter ce changement tant attendu. La rupture - quatrième R peut être…

Notes

[1] Vincent Piquet est executive audit manager chez General Electric.