Les propositions du gouvernement sur l'immigration me rappellent une remarque que m'ont faite des responsables politiques danois, à l'occasion d'échanges sur leur politique controversée. Ils m'ont fait remarquer à quel point nous avons de la chance en France : "Chez nous, les immigrés sont arrivés comme réfugiés, victimes dans leurs pays de la guerre, de massacres, de persécutions ethniques ou religieuses. Ils n'ont pas choisi de quitter leur pays, ils n'ont pas voulu venir dans les pays nordiques, et ils ne parlent pas notre langue et ont le plus grand mal à l'apprendre. Vous, en France, vous êtes privilégiés : vos immigrés ont voulu venir en France, ils parlent le plus souvent français, et pour la majorité sont moins traumatisés que les réfugiés envoyés dans nos pays."

Face à cette situation, les pays nordiques ont évidemment beaucoup de mal, d'autant que les flux d'arrivée des vingt dernières années ont été importants : aujourd'hui, en Suède, en Norvège et au Danemark, les immigrés représentent entre 5 et 7% de la population, et les étrangers hors Union européenne de 4 à 5%. L'intégration n'est pas facile, d'autant que le système social est très protecteur et, jusqu'à ces dernières années, n'incitait pas toujours à apprendre la langue du pays d'accueil. La Suède notamment a affirmé vouloir être une société multiculturelle, multiethnique, multilingue. Mais depuis deux ans les écoles coraniques financées par l'Etat suédois ont des cours obligatoire de suédois…

Suède et Danemark ont suivi des voies différentes pour résoudre les problèmes d'intégration. Le cas du Danemark, où l'extrême droite fait partie de la majorité parlementaire, est intéressant : il a pris comme la France des mesures très dures concernant le regroupement familial et l'accès à l'aide sociale pour les étrangers hors Union européenne, au point de s'attirer des observations critiques des instances internationales (Agence des Nations Unies pour les réfugiés UNHCR).

Mais en parallèle, le gouvernement danois a décidé de mesures originales concernant l'emploi des immigrés : le droit pour les demandeurs d'asile de travailler dès leur arrivée, y compris en Centre d'accueil, l'obligation pour les communes de leur fournir une formation ou un stage d'un an avec des cours de langue danoise s'ils sont encore au chômage après quelques mois (dispositif d'activation), un tri pour utiliser les compétences des nouveaux arrivant pour qu'ils puissent accéder aux formations nécessaires pour valider leurs qualifications au Danemark, formation aux créateurs d'entreprise immigrés et aide à la création d'entreprises dites "ethniques", qui se révèlent plus solides et portées sur l'exportation que celles créées par les Danois de souche, primes importantes pour la commune dès qu'un immigré a un contrat permanent, etc.

Dans ce domaine, ce serait bien sûr aller trop loin que de mettre en avant un modèle danois de l'intégration, d'autant que l'on peut se poser des questions sur la remise en cause du droit au regroupement familial, à la fois sur le plan juridique (le Danemark comme la France a signé la convention internationale qui garantit ce droit), et de l'efficacité, car un immigré qui est sur le territoire avec sa famille a plus tendance à s'intégrer que ces travailleurs importés seuls qui vivent pour renvoyer l'argent au pays. Mais l'exemple danois montrent que l'on peut avoir un consensus, de l'extrême droite à l'extrême gauche, pour pousser les immigrés vers le travail, facteur clé de l'intégration. A quand en France la création d'agences pour l'emploi dans les 50 quartiers les plus difficiles ? A quand les formations systématiques à la création d'entreprises pour les jeunes des cités ? A quand les stages (bâtis avec les partenaires sociaux) d'un an obligatoire avec formation qualifiante dans l'entreprise après 6 mois de chômage pour les personnes immigrées et leurs enfants ? A quand les primes aux municipalités qui réussissent à former et aider les immigrés et à leur obtenir un contrat á durée indéterminée ?

Cela étant, de Stockholm, je me pose vraiment la question : est-ce vraiment plus difficile d'accueillir des gens qui sont proches de nous et veulent venir, que de purs étrangers qui viennent contre leur gré, poussés par les guerres et les catastrophes dans leur pays ?