Cette semaine devrait être déterminante pour Suez et Gaz de France, dont le mariage, initié par le gouvernement, est largement contesté par les politiques et les syndicats français, et scrupuleusement disséqué par Bruxelles.

La Commission européenne doit remettre son avis sur la fusion mardi. C'est également mardi qu'en France, les trois syndicats CGT, FO et CFE-CGC appellent à la grève pour protester contre cette fusion qui entraînerait une privatisation de Gaz de France. Enfin, le gouvernement devrait arrêter dans la semaine le calendrier parlementaire sur ce dossier.

Tout avait pourtant bien commencé pour Suez, soucieux de ne pas se faire avaler par l'Italien Enel, et Gaz de France, désireux de devenir un acteur européen incontournable, à un an de l'ouverture totale du marché de l'énergie en Europe. Annoncée en février dernier, la fusion de Suez avec Gaz de France faisait a priori les affaires (et le bonheur) du gouvernement. Oui, mais voilà... pour créer ce champion de l'énergie, il fallait passer par une loi de privatisation de Gaz de France. Or ni la gauche française, ni une grande partie de l'UMP (soit par conviction, soit par frilosité à l'approche des élections), ni les syndicats ne sont d'accord. Tant et si bien que, face à la montée de la contestation, différents scénarios alternatifs entre Gaz de France et Suez seraient à l'étude.

Quant à Dominique de Villepin, il a comme à son habitude (cf. la crise du CPE !) réaffirmé vendredi sa "détermination à aller de l'avant" sur le dossier. Le gouvernement envisagerait toujours la présentation d'un projet de loi de privatisation de Gaz de France lors de la session extraordinaire de juillet. Reste à convaincre la majorité UMP dans une affaire qui ressemble bien à un nouveau revers politique pour le Premier ministre.

Dans cette cacophonie politique, le président-directeur général de Suez Gérard Mestrallet a opportunément donné de la voix en déclarant dimanche que si le projet de fusion avec Gaz de France n'était pas engagé cet été, il chercherait d'"autres options" pour "protéger l'avenir" du groupe. Dont acte.

Au-delà du débat - qui devrait être surranné mais demeure maleureusement toujours vivace - de la privatisation ou non de Gaz de France, c'est celui de l'émergence de grands champions européens qui se pose.

Lorsqu'en 2002 les Européens ont décidé d'ouvrir totalement leurs marchés du gaz et de l'électricité (au 1er juillet 2004 pour tous les professionnels et au 1er janvier 2007 pour les particuliers), l'un des objectifs était, et reste, de casser les grands monopoles nationaux au profit des consommateurs. Sur ce point, avec la fusion Suez-Gaz de France, la France fait preuve d'une évidente contradiction stratégique.