Par Nicolas Vanbremeersch[1]



Le parti socialiste vient, à grand renfort d'une collaboration intense de tous ses courants, de se doter d'un projet qui guidera son action lors de la prochaine législature et s'imposera à tous ses candidats, selon les propres mots de François Hollande. Ce devrait être un jalon important de la pré-campagne, à l'issue d'un long processus démarré au congrès du Mans, au sein des Etats généraux et après de longues réunions d'arbitrage. Les réactions des blogueurs marquent bien la portée de cet événement : personne ne semble pourtant vraiment s'en soucier.

Les premiers concernés, les candidats à l'investiture par le parti, ne s'en sont en général pas fait l'écho sur leur blog. Jack Lang rappelle le 6 juin qu'il n'aime pas "que l'on fasse passer le projet socialiste au second rang de préoccupations plus personnelles ", sans pour autant se faire l'écho de ses analyses du sujet ou de ce que contient le texte. Il laissera au Monde le privilège de diffuser quelques analyses. Dominique Strauss-Kahn, en pleine relance de sa candidature, n'évoque pas un instant le sujet sur son blog, préférant relayer ses interventions médiatiques ou apporter son soutien aux Bleus. Laurent Fabius, lui, a juste repris sur son site une interview donnée à France 2 et appelé les militants à proposer des amendements. Ségolène Royal n'en fait pas mention.

Ce ne sont d'ailleurs pas les seuls "camarades " à ne pas s'étendre sur le sujet. En parcourant les divers blogs de militants, d'élus ou de responsables de sections du Parti socialiste, on est frappé par l'absence totale d'évocation de ce programme. Le blog intitulé "débat socialiste " n'évoque même pas le sujet par l'effleurement, comme la plupart de ses congénères, et se concentre sur l'actualité du jeu politique. Même sur les forums de socialistes, le projet suscite, sur le fond, peu de réactions : sur ce forum, par exemple, la partie consacrée au projet est celle qui suscite le moins d'échanges. Etrange silence. François Hollande a pourtant affirmé et répété l'importance de l'enjeu. Tous les militants sont appelés à s'exprimer, et bientôt à voter, sur ce qui devrait être le guide de cinq ans d'action au service de la France...

Le PS a lancé des forums réservés aux seuls socialistes ; est-ce pour masquer cette absence de discussions que seul un adhérent peut accéder à ces échanges ?

Finalement, sur ce sujet, les seules voix qui s'expriment sont celles qui ont un bénéfice à tirer en critiquant le texte. Ainsi, Gérard Filoche tente de présenter des gages de bonne conduite contestataire à ses amis de bellaciao ou appelle, avec Marc Dolez, à s'opposer à ce texte trop mou. Les militants de l'UMP, eux, reprennent en chœur la lecture de Valérie Pécresse : "abrogeons, dépensons, recyclons ". Donner ainsi du contenu informationnel à ses opposants sans arriver à mobiliser ses troupes est une stratégie de communication pour le moins étonnante.

Difficile de trouver, dans les expressions individuelles, quelques articles qui consacrent plus de quelques lignes à ce texte. Hugues, blairiste affirmé et nouvel adhérent, est ferme : "il serait presque inconvenant de ne pas évoquer le tour de force que représentait l'élaboration, en un tournemain, d'un programme aussi platement consensuel. Tiens, rien que son intitulé est un petit bijou de pondération insipide ". Très rares sont ceux qui dépassent ce constat d'inutilité de ce texte de synthèse molle et se penchent effectivement sur le fond. Bernard Salanié souligne la panne d'idées dont semble souffrir le Parti socialiste. Jackouille la fripouille est peut-être aujourd'hui le seul français à avoir publié une lecture commentée du texte, en deux parties, prenant la chose au sérieux (et se désolant souvent), pour constater quelques jours après que "le projet socialiste a été abandonné par ses parents à l'âge de dix jours ".

Ce silence fait apparaître l'immense décalage entre le discours officiel du PS et la réalité de la crédibilité que tous donnent à cette construction programmatique officielle. Les internautes ne sont pas dupes, leur expression le montre bien. Ceux qui veulent influer sur le cours du programme sont ailleurs, en masse chez Ségolène, où on leur donne l'impression sérieuse de les écouter, notamment dans les discussions sur la politique économique.

Notes

[1] Nicolas Vanbremeersch est consultant et blogueur (www.versac.net).