L'émotion suscitée par la rémunération des dirigeants du CAC 40 amène au cœur du débat public la gouvernance des sociétés cotées et la représentativité des Conseils d'Administration (CA). Comme la plupart des dirigeants, je redoute que le législateur ne prenne des mesures dans la précipitation et ne laisse pas aux entreprises le temps d'assimiler les bonnes pratiques qui se propagent progressivement.

Une France juste dans la moyenne

Pour éviter toute réglementation inutile, il est alors nécessaire que la conduite des entreprises soit exemplaire. Hors sur le plan de la représentativité des femmes dans les conseils d'administration, il existe un potentiel de progrès important. A la lecture des rapports d'activité des entreprises cotées, j'avoue être souvent frappé par la rituelle photographie du board of directors : on y affiche une ou plutôt LA femme et là vient la suspicion indécente : est-ce pour ses compétences ou pour la bonne conscience ?

Un peu de benchmarking montre que la France peut mieux faire. L'European Professional Women's Network vient de publier une étude sur la représentation des femmes au sein des CA. La France, avec 8,5% de femmes au sein des CA, se situe dans la moyenne européenne. Mais très loin derrière les pays scandinaves – qu'on nous présente sans cesse en modèle – qui se situent entre 20 et 28%, mais aussi largement derrière les Etats-Unis – qu'on nous présente sans cesse en monstre ultralibéral – qui se situent à près de 15%.

Pour une discrimination positive

S'il ne fait aucun doute pour moi que le gisement des talents féminins disponible existe bel et bien en France et en Europe, la question des quotas doit être abordée car si les tendances sont intéressantes, il faut accélérer le rythme sous peine d'être en décalage avec les réalités de la société et de l'entreprise. L'égalité ne me semble pas servir l'objectif qui est de rétablir progressivement un équilibre. Une fourchette pourrait être fixée entre 20 et 25% sur les groupes des indices phares de la place parisienne ; mais dans un cadre qui respecte l'histoire des CA, la diversité sectorielle, et tout simplement la liberté des actionnaires.

Dans le contexte français, une telle mesure – temporaire – permettrait notamment de répondre à plusieurs objectifs :

  • Jouer un rôle de catalyseur en interne pour les programmes de formation de dirigeants pour les femmes ;
  • Constituer un second signal fort pour les femmes après la nomination d'une femme à la tête du MEDEF ;
  • Accélérer le renouvellement à l'œuvre dans la composition des CA et ainsi donner une image plus équilibrée du monde patronal.

Mais au fond, en tant qu'actionnaire, deux questions restent en suspens : est-ce que les résultats des entreprises seront meilleurs ? Est-ce que les autres règles de la corporate governance seront mieux appliquées ? Malheureusement, je n'ai pas d'éléments objectifs pour le confirmer ou l'infirmer. Il s'agit plutôt d'un a priori favorable couplé à un argument marketing qui positive le monde patronal bien en peine en ce moment.

Enfin, sur le plan politique, en étant même un peu cynique, cette discrimination positive pourrait constituer une mesure forte, en particulier si celle-ci est portée par un homme-candidat. Auquel cas il serait difficile pour une femme qui aspire aux plus hautes fonctions de s'y opposer …