Après avoir été battu par le CPE, le Premier ministre Dominique de Villepin joue les prolongations dans l'affaire Clearstream et botte en touche sur le dossier Gaz de France-Suez. Va-t-il tenir jusqu'à la fin du match (avril 2007) ou recevoir un carton rouge et devoir quitter la partie avant ?

Ces métaphores footballistiques me sont spontanément venues pour deux raisons : tout d'abord, parce que, amateur ou pas, nous sommes inondés d'informations sur la Coupe du monde de football (personnellement, j'adore le foot, donc ça ne me dérange pas, mais ce n'est pas le débat !). Mais la seconde raison tient aux propos de Villepin lui-même sur le Mondial, et le parallèle implicite qu'il a fait entre sa personne, pour le moins controversée, et l'entraîneur des Bleus Raymond Domenech.

Au cas où cela vous aurait échappé, voici un petit rappel des faits.

Vendredi dernier, quelques heures avant le match opposant la France au Togo, Villepin s'offre une ballade dépaysante en Lozère, après une semaine politique éreintante. Alors que de plus en plus de voix s'élèvent dans son propre camp pour réclamer sa démission, il déclare : "dans une équipe, et surtout quand on la dirige, il ne s'agit pas de tout voir, il s'agit de voir l'essentiel et surtout de regarder devant".

Se comparant à Domenech, il ajoute : "sa tâche est difficile parce qu'on le voit bien, il y a parfois du scepticisme, des reproches, des quolibets".

La solitude du pouvoir, c'est bien connu... Aussi relativise-t-il les difficultés : "si on exerce des responsabilités et qu'il n'y a pas de critiques, ça veut dire qu'on ne les exerce pas tout à fait" (sic!). Il émet même un souhait: "ce serait bien si la France marquait trois buts".



Mais Villepin fait mieux encore. A propos des sondages montrant des Français sceptiques sur la qualification des Bleus pour les huitièmes de finale, il assure qu'ils "se trompent". "Je n'ai pas vu une Française, un Français, de quelque génération que ce soit, qui ne soit pas derrière cette équipe". "Pour qu'elle gagne, il suffit qu'elle donne tout ce qu'elle a", explique-t-il à l'encan. Plus fort encore. Un peu plus tôt, visitant une crèche, il décroche un téléphone d'enfant sur une table basse et lance: "Allô, Raymond Domenech, trois minimum ! A mon avis, il a reçu le message".

Bigre, la France n'a marqué "que" deux buts (heureusement suffisants), mais décidément rien ne va plus pour Villepin.

Si j'étais à la place de Domenech (ce dont je serais, soit dit en passant, bien incapable !) je lui proposerais de donner à son tour des conseils à Villepin. Après tout, si le Premier ministre fixe des objectifs à l'entraîneur, pourquoi celui-ci, en retour, ne se mettrait-il pas à parler aussi de ce qu'il ne connaît pas ?

Ce billet est franchement un "billet d'humeur", je l'admets volontiers, mais après tous les buts que Villepin a marqués contre son camp, je n'ai pu m'empêcher de "siffler la faute".

Je souhaite bonne chance aux Bleus face à l'Espagne mardi. Mais je m'inquiète : Villepin va-t-il pour l'occasion manier une nouvelle fois la métaphore. Et si oui, aïe, aïe... attention aux Châteaux (en Espagne, bien sûr).