Par Cambacérès

Parlons un peu d'écologie. Les questions d'environnement se sont peu à peu imposées et sont, à présent, le point de passage obligé de tout programme politique, a fortiori d'un programme présidentiel. Amplifiant l'effort symbolique engagé en 2002 avec son fameux bus au Colza, le candidat de l'UDF a esquissé les grandes lignes de son programme en ce domaine, rejoint par l'UMP dans ce qui constitue une ébauche de programme commun tant les annonces sont proches. Quel est l'enjeu ? Rien moins qu'entrer dans une démarche concrète et constructive, qui ne s'oppose pas par principe à tout activité humaine ou économique, et ne se limite pas à des déclarations incantatoires. Car il faut bien reconnaître que les réalisations concrètes ont, jusqu'alors, souvent laissé la place à de belles intentions quelque peu lyriques ; la Charte de l'environnement est une bonne illustration de cet état de fait.

Quelles sont les directions que les candidats annoncés souhaitent prendre en 2007 ? Outre la consolidation du principe de croissance et de développement durable, que chacun comprendra comme il le souhaite, certaines vérités sont rappelées parmi lesquelles la nécessité de parler vrai aux Français, de rappeler fermement la responsabilité de chaque acteur et, comme l'annonce François Bayrou, de "dire la vérité sur la crise de l'énergie".

Ces intentions, dont la formalisation est encore bien inégale, ne seront à la hauteur de l'enjeu qu'à la condition d'aborder franchement certains sujets qui sont encore souvent considérés comme des tabous.

Ainsi est-il de la responsabilité des agriculteurs dans l'extension de la pollution, qui est aussi évidente qu'ignorée, la dépollution des eaux étant le plus souvent assumée par le consommateur final. Dire cette vérité, c'est en tirer certaines conséquences qui entrent en opposition avec les principes de notre politique agricole.

Ainsi en est-il également de la question centrale des taxes sur l'essence. Là où certains proposent de faire baisser les taxes pour compenser la hausse du prix du pétrole supportée par le consommateur, l'UDF suggère au contraire, courageusement, de relever ces taxes pour faire prendre conscience de la rareté et de la valeur de l'essence afin de peser efficacement sur les comportements. Encore faudra-t-il le faire, y compris pour le diesel..

La volonté de lutte contre la pollution et la consommation d'énergies non renouvelables trouve par ailleurs, dans les deux programmes, un relais dans le souhait de développer davantage les transports en commun. Si cette intention est louable, elle paraît au mieux teintée de naïveté. Nombre de rapports récents ont en effet souligné que le développement continu des transports en commun s'était, depuis vingt ans, accompagné d'une … progression sensible de l'utilisation des véhicules individuels en ville. Avec un coût croissant et une efficacité décroissante, le résultat n'est pas au rendez-vous. Est-ce cette tendance que l'on souhaite conforter ? Ne faut-il pas poser la question, plus courageusement encore, de mesures radicales qui changeraient la façon selon laquelle nos concitoyens considèrent leurs modes de tranport ? La taxe urbaine de Londres est un exemple plein de vertus…

Je conclurai sous forme de clin d'œil en notant que le militantisme écologique marque, pour François Bayrou, le "retour de la vocation universelle de la France", pas moins que cela ! Voila enfin un dessein qui confortera la haute idée que les Français ont parfois d'eux-mêmes.

Cambacérès est le pseudonyme d'un magistrat à la Cour des comptes.