Débat 2007.fr a maintenant un peu plus de trois mois. Plus de 1300 commentaires ont déjà été postés par les internautes en réaction aux billets du blog ou aux diagnostics que nous proposons sur les "enjeux de 2007". Comme il est indiqué ailleurs sur le site, cette réflexion collective vient irriguer les travaux de groupes thématiques mis en place par l'Institut de l'entreprise. Nous vous proposons aujourd'hui un premier point d'étape thématique, consacré à la réforme de l'enseignement supérieur. A noter que dans le prolongement de cette synthèse, Débat 2007.fr proposera en début de semaine prochaine un vidéo-podcast avec un membre éminent de notre groupe de travail sur l'enseignement supérieur : Jean-Robert Pitte, président de l'Université de Paris IV et auteur de Jeunes ! On vous ment ! Reconstruire l'Université (Fayard, 2006).

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Le diagnostic est unanime sur l'insuffisance de moyens des Universités françaises. Globalement, la France investit moins dans l'enseignement supérieur que les autres grands pays, en particulier les Etats-Unis (1,1% du Pib contre 2,7% outre-Atlantique). La dépense par étudiant du supérieur est presque trois fois moins élevée de ce côté-ci de l'Atlantique. La France est même le seul pays qui dépense moins par étudiant que par lycéen. Les Universités françaises ont peu de ressources, ne disposant que d'un accès très restreint aux sources de financement privées (donations ou droits de scolarité). Parallèlement, la gestion centralisée des universités les freine dans leurs initiatives de recherche d'excellence, dans un environnement international de plus en plus compétitif. La question du financement ne peut être traitée seule ; elle rejoint la problématique de l'autonomie des universités, donc de leur gouvernance.

André Lévy-Lang, dans un billet intitulé Briser les tabous, dénonce la faible efficacité du système qui se caractérise par des formations universitaires prolongées n'assurant pas l'emploi à la sortie, un taux élevé d'abandon des études et une sélection des étudiants par l'échec en cours d'études. Il préconise d'augmenter les ressources grâce aux dons privés et au relèvement des frais de scolarité, d'accroître la concurrence entre établissements et de mettre en place des règles de gouvernance dans le cadre d'une autonomie renforcée, avec des conseils d'administration indépendants comme dans les entreprises. Ces propositions donnent lieu à débat. Boulgakov, par exemple, dans son commentaire, estime qu'il "existe un risque non négligeable qu'à l'instar de la taxe d'apprentissage, dont les entreprises peuvent choisir l'affectation, cela (les donations privées) influence fortement la sélection des candidats. Les établissements sont alors tentées de ne prendre que des gosses de riches, parce que leurs parents seront plus susceptibles de donner." D'autres, comme Vieille dame, soulignent que la hausse des frais de scolarité fermerait la porte de l'université à de nombreux étudiants aux revenus modestes : "je pense que la plupart des étudiants (qui statistiquement appartiennent aux couches riches de la population) n'en seraient pas plus motivés, et les pauvres trinqueraient encore plus. Savez vous qu'actuellement, quand un pauvre va demander un prêt à une banque pour s'engager dans une prépa, le banquier demande qu'on commence à rembourser immédiatement, à peine le prêt versé ?".

La hausse des frais de scolarité ne serait envisageable qu'accompagnée de la mise en place d'un système de bourses et d'aides pour les étudiants plus défavorisés. C'est d'ailleurs le cas aux Etats-Unis et dans la réforme en cours au Royaume-Uni. L'Université de Stanford par exemple vient de décider la gratuité totale des études pour les étudiants dont les ressources familiales sont inférieures à un certain seuil. Michel Morvan, dans son billet intitulé Remettre les étudiants au travail, est aussi partisan de la hausse des droits de scolarité, mais dans un autre objectif qui est de remédier à la démotivation croissante des étudiants, qui ne travaillent plus en dehors des périodes d'examens… S'ils devaient payer une partie du coût de leurs études, les étudiants seraient plus impliqués dans leur formation, donc plus demandeurs mais aussi plus critiques, et s'engageraient moins en masse dans des filières sans débouchés.

Serge Feneuille, dans un billet sur le CPE, estime quant à lui que l'Université prépare mal les étudiants au monde du travail et que la professionnalisation des études supérieures est insuffisante. Certains commentaires vont dans le même sens : "je pense que les cursus universitaires devraient proposer des quotas par filière en fonction de l'offre correspondante sur le marché du travail (révisables tous les 3-5 ans par exemple). Quitte à supprimer certaines filières qui de toutes les manières n'aboutissent pas à un emploi." (Marc Bourret).

Pour Olivier Bouba-Olga, enseignant lui-même, il est faux de dire que l'Université française forme des chômeurs. Le taux de chômage décroît fortement en fonction du niveau d'études et les étudiants pourvus d'un diplôme universitaire de niveau bac+5 ont un taux de chômage comparable à celui des étudiants sortant des grandes écoles. Les problèmes se concentrent sur certaines filières qui attirent un très grand nombre d'étudiants (psychologie, sport, histoire….) mais qui ont des débouchés limités. Il y a finalement consensus sur ce problème de la mauvaise orientation des étudiants. André Levy-Lang y voit une perversité de notre système "pseudo-égalitaire" puisque l'on constate que les étudiants qui sont dans les filières d'excellence sont très majoritairement issus de milieux socio-professionnels favorisés…

Si l'on s'intéresse à la performance du système d'enseignement français dans une optique internationale, le bilan n'est pas beaucoup plus flatteur. Les Universités françaises ont du mal à s'imposer dans la compétition internationale et à recruter à la fois les meilleurs étudiants et chercheurs. Pierre-André Chiappori dans son billet intitulé Les universitaires français sont-ils sous-payés ?, déplore ainsi que la France n'ait pas les moyens de rémunérer mieux ses chercheurs, surtout les tout meilleurs, qui sont souvent amenés à quitter l'Hexagone. C'est aussi l'avis de Falpars, qui prend l'exemple du Japon : "Ici, un chercheur tout juste embauché touche 300 000 Yens par mois. A quoi s'ajoutent environ 4 mois de salaires de prime annuelle. Cela fait un peu moins de 5 millions de yens nets par an, soit 35 460 euros, à comparer avec les 24 000 euros de salaire net annuel pour un maître de conférence français, ou même avec les 27 000 euros du même maître de conférences avec deux ans d'expérience." Donner aux universités davantage de moyens et de liberté dans le recrutement des étudiants et des enseignants est sans doute le chemin obligé pour faire émerger de vrais pôles de formation et de recherche, visibles au plan international. La question de l'autonomie soulève bien des résistances mais semble pourtant aller dans le sens de l'histoire, comme le note JPV (ancien élu de l'Unef…) dans son commentaire : "il y avait environ 500 000 étudiants en 1968. Nous en avons 2.2 Millions aujourd'hui. Le modèle actuel n'est plus adapté ne serait-ce qu'à la lumière de ces grandes masses humaines. La formation supérieure doit être pensée comme une formation de masse. Pour traiter les grandes masses, la meilleure solution : décentraliser." L'adoption d'une réforme reposant sur les trois piliers autonomie / financement / sélection permettrait aussi paradoxalement de relancer la mobilité sociale plaide Serge Feneuille dans son billet sur la crise des élites. Il est urgent d'élargir les conditions d'accès aux filières "d'élite" de l'enseignement supérieur, y compris les grandes écoles : "la sélection par le travail et le mérite me paraît la plus juste à condition d'assurer aux enfants de tous les milieux l'accès aux classes préparatoires, et de faire connaître ce système si particulier dans notre enseignement", estime par exemple Silmaril dans son commentaire.