Le président russe Vladimir Poutine, qui préside en 2006 le club des 8 pays "les plus riches", accueille du 15 au 17 juillet ses pairs dans sa ville natale de Saint-Pétersbourg.

A deux ans de la fin de son deuxième et dernier mandat, ce sommet marquera l'apogée de "l'ère Poutine". Depuis son arrivée au pouvoir en 2000, malgré un bilan plus que controversé en matière de démocratie, il a réussi à faire entrer son pays dans la "cour des grands", en le transformant en une formidable puissance énergétique.

Club de discussions purement économiques à l'origine, le G8 s'est aujourd'hui transformé pour ses sommets annuels en plate-forme beaucoup plus vaste. Le sommet de Saint-Petersbourg, qui donnera une place plus importante que de coutume aux pays émergents, pose une question : le G8 va-t-il finir par s'ouvrir à la Chine, l'Inde ou le Brésil ?

De fait, la Chine est passée l'an dernier en terme de richesse nationale créée au 4ème rang mondial, devant la Grande-Bretagne et la France, pourtant membres fondateurs du G8. Quant à l'Inde, avec plus d'un milliard d'habitants, elle connaît des taux de croissance voisins.

Jacques Chirac, dont ce sera sans doute le dernier G8, a beaucoup contribué à ce que ces sommets soient de moins en moins ce "directoire" mondial dénoncé par ses critiques. En 2003, au G8 d'Evian, il avait ainsi invité les dirigeants chinois, brésilien, mexicain, indien, saoudien et africains, dans le cadre d'un "dialogue élargi".

Le sommet de Saint-Pétersbourg sera centré sur l'énergie, au coeur de la relation entre Moscou et les pays industrialisés, et abordera les dossiers chauds du moment, dont l'Iran et la Corée du Nord. Or, depuis la crise du gaz entre Moscou et Kiev au début de l'année, l'Europe a brutalement pris conscience de sa dépendance énergétique grandissante envers la Russie et s'inquiète, tout comme les Etats-Unis, du recours à l'arme énergétique à des fins politiques. Sur l'Iran, la communauté internationale risque de continuer à tâtonner, Téhéran venant d'indiquer qu'elle ne donnerait sa réponse qu'entre le 14 et le 22 août à l'offre des grandes puissances qui lui demandent de suspendre l'enrichissement d'uranium.

Quant à la Corée du Nord, elle vient de revenir sur le devant de la scène avec ses tirs de missiles. Le sujet pourrait être brûlant au G8: le Japon milite pour des sanctions internationales alors que la Russie et la Chine y sont opposées.

En clair, pain sur la planche, et ambiance...

Depuis sa naissance en 1975 à l'instigation du président français de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing, et du chancelier allemand Helmut Schmidt, le forum n'a eu de cesse d'être contesté, ses détracteurs y voyant un gouvernement mondial de riches, autoproclamé et fermé.

G5 au départ (France, Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne et Japon), il a progressivement accueilli en son sein l'Italie et le Canada, puis la Russie dans les années 1990 après l'effondrement de la dictature soviétique. Mais la Russie reste à ce jour exclu des discussions sensibles sur les changes et les taux d'intérêt. Quant aux Etats-Unis, ils arrivent à Saint-Pétersbourg alors que leur hyper-puissance est en déclin dans plusieurs régions du monde, où la Russie et la Chine gagnent du terrain. Lourdement engagé militairement en Irak et en Afghanistan, Washington est obligé de ménager Moscou et Pékin, devenus des acteurs incontournables sur les dossiers les plus brûlants de l'actualité diplomatique comme les programmes nucléaires iranien et nord-coréen.