Par Jean-Marc Daniel[1]

Cette question est le titre de l'éditorial du 11 juillet du Times de Johannesburg. Le journaliste s'interroge sur l'enthousiasme irraisonné de la France pour son équipe de football et l'idolâtrie inspirée par Zinedine Zidane. Une phrase de l'article est sans équivoque : "behind the genius lay a vicious temper". Et le journaliste de rappeler que Zidane fut plusieurs fois sanctionné pour son comportement. Retraçant la carrière du footballeur et faisant un parallèle avec celle du brésilien Pelé, le journal souligne qu'un vrai champion est un gentleman, qui ne perd jamais son sang-froid, une personnalité complète qui domine son talent et son caractère. Ce qui intrigue le plus l'auteur de l'article est le besoin de la classe politique française de s'associer à l'adulation pour Zidane. Malgré la faute manifestement grave du 9 juillet, il a été reçu en héros par le président de la République, qui s'est cru obligé de minimiser la gravité de son geste. Pour le commentateur, il faut y voir une nouvelle preuve de la faiblesse du pouvoir actuel en France. Ne sachant trop à quoi se raccrocher, le président Chirac use et abuse des aventures de l'équipe de France de football, sans trop regarder de quoi il retourne.

Est-ce vraiment une équipe de France, s'interroge Fraternité-Matin le journal d'Abidjan ? Dans un "portrait croisé" de Fabio Cannavaro, joueur italien, et Lilian Thuram, le défenseur français, le journal se demande quel sens a la référence nationale des équipes pour ces joueurs qui mènent une vie de mercenaires du sport. Cannavaro et Thuram ont joué naguère ensemble à Parme, et la finale de la Coupe du monde a opposé des joueurs ayant l'habitude de se côtoyer sans cesse sur les terrains les plus divers. Ce que retient le journaliste de cette finale, c'est que ces joueurs aux attaches nationales bien fragiles suscitent des élans de nationalisme délirants, traduction d'une crise morale profonde des pays de la vieille Europe. Comment peut-on arriver à tenir des propos tels que ceux des supporters des équipes française et italienne sur l'équipe adverse, alors que les deux pays sont voisins et que leurs sociétés sont semblables à un point qui n'a guère d'équivalent dans le monde. Conseil final de Fraternité Matin : que Fabio et Lilian n'oublient pas de s'embrasser après le match…

Les Dépêches de Brazzaville commentent aussi le destin de l'équipe de France de football pour souligner qu'elle est presque exclusivement africaine. Conclusion : si les pays africains avaient les moyens financiers des pays européens, eu égard à la qualité des joueurs dont ils pourraient disposer, ce sont eux qui seraient les pays de référence de la planète football. Et le journaliste de revenir sur l'immigration choisie de Nicolas Sarkozy. Tout le monde la croit tournée vers les Africains ayant une formation universitaire de haut niveau, quand il s'agit en réalité de faire venir en France de modernes gladiateurs. Le journaliste parle d'une "soft exclusion" des Africains relégués dans l'esprit des Européens au rôle de marathoniens et de footballeurs.

Le journal congolais rend compte également de l'inauguration du Musée du quai Branly. Cette cérémonie lui paraît plus importante comme moyen de rassembler dirigeants politiques et population française que la Coupe du monde de football. "Il faut faire de la visite de ce musée de l'histoire et de la diversité une priorité en ce sens que l'on ne peut en ressortir qu'enrichi". Le journal rend hommage à Jacques Chirac, tiers-mondiste mal assumé et amoureux maladroit des cultures africaines, que l'Afrique regrettera peut-être l'année prochaine.

Fraternité-Matin signale que la France est devenue présidente du Conseil de Sécurité des Nations-Unies le 1er juillet. Le premier acte de l'ambassadeur de France auprès de l'ONU en tant que président a été de déposer un projet de résolution sur le conflit du Darfour au Soudan, alors même qu'à Banjul en Gambie, le Sommet de l'Union Africaine abordait le sujet. Fraternité-Matin ironise : quand les Français comprendront-ils que l'Afrique n'a pas besoin qu'on lui tienne la main ?

Notes

[1] Jean-Marc Daniel est professeur à l'ESCP-EAP et rédacteur en chef de la revue Sociétal.