Par Benoît Desavoye, Netpolitique.net[1]

L'équation qui nous intéressera jusqu'en 2007 dans la présente chronique comporte trois facteurs : les politiques (candidats et partis), les médias et les citoyens/internautes.

Le fait majeur de ces dernières semaines est que ces facteurs forment maintenant un triangle fermé très soudé ; le décor de la cyber-campagne 2007 est donc désormais planté.

Les internautes/citoyens bloguent depuis longtemps. La tendance est connue ; ce sont eux qui ont initié le mouvement. C'est d'ailleurs cette capacité formidable et totalement nouvelle d'être un porte-voix du citoyen lambda qui a fait des blogs un phénomène politique.

Au niveau de ce facteur de notre équation il n'y a pas d'évolution notable à prévoir, en dehors peut-être du dispositif du PC à un euro visant à connecter les familles modestes. En effet, toute réduction de la fracture numérique augmente l'intérêt pour un candidat de faire campagne en ligne, puisqu'internautes et citoyens deviennent alors deux populations de plus en plus similaires.

C'est plutôt la place nouvelle faite aux internautes dans leur dispositif par les deux autres facteurs de l'équation qui nous paraît devoir être soulignée.

Du côté des politiques - nombreux à avoir créé à créer leur blog personnel - l'actualité majeure vient de l'usage plus intensif qu'ils font de leur site et plus encore de la mise en place des dispositifs destinés à assurer la présence dans la blogosphère du PS et de l'UMP.

Vouloir prendre place au sein de la blogosphère est pour un parti une opération particulièrement délicate. A ce titre les deux principaux partis français ont eu stratégiquement raison d'attendre. Ils ont certainement été aidés en cela par le fait que cette démarche est profondément contraire à leur culture. Si l'opération est déjà très délicate dans le cadre d'une communication d'entreprise, accepter pour un parti de lâcher prise sur son discours, ses argumentaires,… pour donner de l'importance à des internautes est totalement novateur puisque les cadres du parti peuvent se sentir dépossédés de leurs prérogatives, pour ne pas dire de leur pouvoir. Accéder aux médias, être entendu, a longtemps été l'apanage exclusif des ténors d'un parti. Ces derniers ont intelligemment pris conscience des tendances à l'œuvre qui font que si le parti veut avoir toute sa place dans un débat, il doit s'appuyer sur les voix de nombreux internautes.

Les évolutions internet récentes du facteur politique sont si nombreuses qu'on ne peut que les présenter succinctement et renvoyer à des analyses plus poussées pour chacune d'entre elles :

Signe s'il en est que l'arène, non contente d'être ouverte, voit en plus se dérouler les premières joutes, la satire est aussi bien présente avec le blog jaimepaslesriches qui s'en prend à Hollande pendant que la droite est aussi attaquée frontalement avec le site ladroitelaplusbetedumonde.com.

Troisième facteur de l'équation : les médias. Nous avions évoqué la réalité d'une audience de plus en plus productrice et non plus seulement consommatrice de contenus. C'est à dire une frontière de plus en plus floue entre émetteurs et récepteurs dans la relation entre les médias et les citoyens.

La presse avait la première innové pour aller dans cette direction, Libération continue dans la nouvelle version de son site, mais c'est l'ouverture du site WAT (We Are Talented) de TF1 et celle prévue de Wideo ou Youtribe par M6 qui font entrer le P.A.F français, et donc la France, totalement dans l'ère des médias interactifs et participatifs.

Maintenant que ce paysage triangulaire est formé et soudé, nous allons pouvoir observer jusqu'en 2007 de multiples combinaisons, chaque facteur de l'équation essayant comme il se doit dans une campagne - en ligne ou non - d'influencer les deux autres.

Notes

[1] Benoît Desavoye collabore à Netpolitique.net ; il est fondateur de la plateforme de blogging Haut Et Fort, et auteur du livre Les Blogs., le site des phénomènes politiques sur Internet et par Internet.