Par Barras

Lionel Jospin a fait discrètement mais fermement son retour à la politique en se déclarant, le 28 juin sur TF1, disponible si le parti socialiste a besoin de lui. Dire que le parti fut surpris serait excessif. Dire que le parti fut enthousiaste serait encore plus excessif. Car le doute et la confusion s'installent dans les plus hautes instances du Parti socialiste, et les atermoiements de François Hollande n'arrangent pas les choses.

Celui-ci, désireux d'éviter d'être pris au dépourvu par une accélération du calendrier électoral, avait promis au moment du congrès du Mans qu'au 1er juillet, les candidats dans les circonscriptions législatives seraient désignés et que le PS serait doté d'un programme.

Pour le programme, c'est fait. Approuvé par un vote massif (90% des militants présents) lors d'une consultation où ce qui fut vraiment massif fut l'absence (seulement 47% des militants en droit de voter se sont déplacés), le programme est désormais fixé.

Il n'a guère pourtant retenu l'attention. Dans l'entourage de DSK, on a cru bon de manifester quelques réserves, pour ne pas dire un certain agacement pour une opération qui consiste à donner une fois encore au parti socialiste une ligne dite "à gauche" quand il s'agit surtout d'une ligne "en arrière". Mais assez vite, tous les courants se sont accordés pour considérer que ce programme était un non-événement. Il devrait n'avoir qu'un rôle à usage interne et servir en tant que de besoin comme pièce à conviction dans les procès en trahison des idéaux de gauche que les candidats à l'investiture présidentielle s'intenteront dans les mois à venir.

D'ailleurs, pour défendre le programme devant la presse, c'est Eric Besson, secrétaire national à l'économie et à la fiscalité et député de la Drôme qui s'y "est collé" avec comme seule consigne de démontrer que conformément aux annonces initiales, le programme coûtait en terme de finances publiques l'équivalent de 2% du PIB. Ces 2% représentant 32 milliards € et certains ayant lâché un chiffre de 50 milliards de coûts, Besson a annoncé 18 milliards de recettes fiscales supplémentaires. Aux journalistes lui demandant si les 32 milliards non-couverts par des recettes fiscales allaient se traduire par une augmentation du déficit budgétaire, il a juré ses grands dieux-keynésiens…- que non. Magie de l'économie que ces dépenses qui ne sont financées ni par l'impôt, ni par l'emprunt… ! Tout le monde en est resté là et la seule chose qui inquiète est que ce programme mort-né ne conduise, si les socialistes revenaient aux affaires l'an prochain, à un enchaînement fatal d'enthousiasmes incontrôlés débouchant sur une réelle bêtise. Les nationalisations et la relance de 81, les 35 heures de 97, autant d'erreurs ridicules qui furent induites d'un programme "à gauche toute" dans le style de celui que le Parti socialiste a adopté le 1er juillet. Néanmoins, dans les couloirs de la rue de Solférino, les experts prennent des airs entendus pour dire que cette fois-ci, le danger de l'application du programme est exclu.

Si le problème du programme est réglé, ce n'est pas le cas de celui des investitures pour les législatives. Les contestations se multiplient, notamment concernant les circonscriptions réservées aux alliés du PS et celles retenues pour des candidats issus de l'immigration ou d'origine antillaise. Les deux anciens responsables de SOS Racisme - Harlem Désir et Malek Boutih - ont échangé des propos peu amènes sur le sujet. Mais les spécialistes du parti ont vu dans cette querelle avant tout une des multiples facettes de la querelle essentielle, celle de référence, celle qui désormais mobilise tous les esprits : la candidature à la présidentielle. En effet, Harlem Désir soutient Lionel Jospin et Malek Boutih Ségolène Royal… Or le grand absent de ces affrontements reste François Hollande. Sommé de s'expliquer sur ces problèmes d'investiture, harcelé par les amis de Lionel Jospin qui lui rappellent lourdement qui l'a fait roi, pressé par sa compagne de convoler pour afficher une respectabilité pré-élyséenne, il louvoie, répond par des calembours et irrite tout le monde. Certains qui croyaient qu'avec Ségolène Royal et Lionel Jospin, il maintenait habilement deux fers au feu, se demandent si finalement, il ne contente pas de feindre d'être à l'origine d'événements qui le dépassent. Et tout le monde de déclarer que désormais, la tragédie - ou la tragi-comédie - se dénouera à La Rochelle, à l'université d'été. Moment d'autant plus crucial qu'on saura alors si les Verts ont réussi à se mettre d'accord sur un candidat et si Marie-George Buffet a réussi à persuader José Bové de se retirer de la course.

Ayant choisi Barras comme pseudonyme, l'auteur de ces lignes n'a guère de mal à s'en convaincre : cette année encore, Thermidor sera crucial pour les héritiers des Jacobins….

Barras est le pseudonyme d'un haut fonctionnaire, proche du Parti Socialiste.