Pendant que nous faisions un peu de nombrilisme, que je vous dévoilais tel ou tel aspect de ma carrière et que nous dialoguions aimablement de choses et d'autres, le monde tournait sans nous... Nous sommes rappelés à l'ordre par l'actualité.

Je reviendrai plus tard sur M. Sarkozy et Mme Royal. Pour l'instant, je ne vois pas grand-chose de nouveaux à dire sur eux. Ce qu'ils annoncent l'un et l'autre confirme les intuitions que j'avais exposées dans les deux billets que je leur avais consacrés.

Ecartelé entre M. Pasqua, son mentor autoritaire, et M. Chirac, champion de l'opportunisme, M. Sarkozy a publié les éléments d'un programme économique et quelques déclarations qui infléchissent comme prévu l'image d'homme de rupture qu'il s'était donnée. Véritable fille spirituelle de M. Mitterrand, Mme Royal se tient à mi distance du parti socialiste et de ses propres idées, et se maintient au pinacle.

M. Jospin, quant à lui, est descendu de son Olympe pour délivrer un oracle à la veille de la publication du programme socialiste. Ce billet lui est consacré.

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J'ai du respect pour M. Jospin.

Dans son papier publié par Le Monde daté du 28 juin, il nous assène d'entrée de jeu que les cinq années les plus honorables des mandats de M. Chirac auront finalement été celles où la gauche a gouverné. Dans le gendre modeste, on fait mieux… et pourtant, je comprends qu'il le proclame.

Je ne suis pas jospiniste pour autant. Je le dis à l'attention des lecteurs qui montent en marche, les anciens étant maintenant convaincus que je n'ai aucun parti pris.

Je vous propose de lire ou de relire l'article de M. Jospin, dont on a plus commenté le retour que les propos, à la lumière des trois questions que nous avons déjà retenues comme fondamentales pour nous forger une conviction (voir la Lettre à Mme Royal) : quel programme, quelle capacité à conduire le changement et quelle personnalité ?

Le programme

M. Jospin identifie quatre enjeux pour mai 2007 : le travail, la restauration de l'Etat et le respect de la loi, l'international, le progrès et l'avenir.

Sont-ce les vrais enjeux de l'élection ? Pourquoi retenir ceux-là et pas d'autres ? Pas de réponse. Il n'y a pas de diagnostic sérieux de la situation de la France dans ce papier – pas plus que dans le programme du parti socialiste, et ce n'est assurément pas un hasard. Dame, c'est qu'un diagnostic, ça vous force à parler des contraintes et des choses qui fâchent, ça vous lie, ça vous empêche de proposer uniquement ce qui peut plaire au militant et, plus tard, attirer l'électeur.

Ceci dit, M. Jospin case à peu près tout ce qui appelle une orientation présidentielle sous ces quatre rubriques. Mais pour longue qu'elle soit, l'analyse est superficielle.

A la vérité, je ne doute pas que le choix des thèmes ait été soigneusement réfléchi. L'an dernier, M. Jospin a consacré 328 pages à écrire Le monde comme je le voisLe monde… tel que JE le vois… en toute modestie (déjà) ! Il aurait pu nous expliquer pourquoi cette fois-ci, il retenait certains thèmes et pas d'autres… Eh bien non.

Notez que je ne prétends pas que les sujets sur lesquels il se penche sortent du champ de nos préoccupations. Mais il y en a d'autres, dont certains sont sans doute au moins aussi importants pour l'avenir de la France.

Illustrations.

La France a quelques problèmes de société – augmentation et vieillissement de la population, immigration, solidarité entre générations, développement du communautarisme, etc. Comment prépare-t-on la société multiculturelle de demain ? Pas de réponse.

La France a quelques problèmes avec ceux de ses enfants qui sont marginalisés ou qui ressentent l'angoisse de le devenir. Comment conforter les membres de notre société qui sont les plus fragiles, comment intégrer socialement toute une génération de jeunes dont une bonne part est handicapée par l'illettrisme ? Pas de réponse.

La France éprouve quelque difficulté à réformer un système éducatif à qui la formation des jeunes est confiée et dont trop de jeunes sortent sans formation. Comment réformer le système éducatif en charge de la formation ? Pas de réponse.

Voilà au moins trois exemples de thèmes dont on aurait pu penser que M. Jospin pouvait se saisir.

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Au-delà des enjeux entre lesquels M. Jospin fait le tri, il y a les propositions. A les lire rapidement, les orientations qu'il propose sont assez générales et, surtout, rédigées de manière suffisamment sibylline pour ne froisser personne, ou presque. En tous cas pas le lecteur non averti.

Il faut être attentif pour décrypter certains messages, certaines nuances. De ci, de là, on se dit : – Ah ! Il a employé telle expression (l'ordre nécessaire, par exemple)… C'est sans doute pour se différencier de Mme Royal (qui parle d'ordre juste, ce qui, selon M. Noblecourt, du Monde, hérisse le poil du militant socialiste de base, incarné par M. Mélanchon qui lui reproche une connotation catho). Bon…

Mais pour tout dire, c'est assez bien ficelé, ça se lit facilement – à la fin on a un peu tendance à sauter les paragraphes – c'est sans trop d'aspérités, c'est assez rassembleur.

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Question : mais dans les faits, dans la vie de tous les jours, pour les pauvres citoyens que nous sommes, qu'est-ce que ça veut dire ?

Réponse : ça dépend. Et parfois, rien du tout – absolument rien.

Exemple.

Sur les institutions, M. Jospin écrit : Le prochain mandat présidentiel devrait aussi permettre de réformer et rééquilibrer nos institutions essoufflées.

Fort bien. Il en a parlé.

Je n'insisterai pas trop sur le style de crainte de me faire reprendre à nouveau par un lecteur, mais quand même, je me demande qui a déjà vu des institutions essoufflées – ou des institutions soufflées, peu importe. Ô les instituteurs d'antan qui nous avertissaient de nous méfier des adjectifs…

Mais encore ? Venons-en au fond. Est-il bon d'accorder notre confiance et notre bulletin de vote à M. Jospin sur le point de la réforme des institutions ?

Il veut Réformer et rééquilibrer les institutions, mais dans quel sens ? Au profit du Parlement ? Du Premier ministre ? Du président de la République ? Pas de réponse. Ce n'est pas en lisant ce manifeste que vous en saurez plus sur ce que M. Jospin proposerait – donc déciderait – s'il était président.

Et c'est un peu court, en somme.

Pendant les vacances, à l'étape, nous aurons tous l'occasion d'hésiter entre tel et tel restaurant. Imaginez que tous les chefs affichent à l'entrée de leur gargote : Ici, on vous nourrit au déjeuner et au dîner, le choix serait facile…

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Dans le domaine économique, à l'inverse, on sait plus ou moins à quoi s'en tenir.

Derrière les incantations habituelles sur la croissance créatrice d'emploi, il suffit de se souvenir des 35 heures, ce legs de M. Jospin et de Mme Aubry... Le partage du travail comme remède à sa rareté, une réforme passée par la loi au mépris des partenaires sociaux qui négociaient, le creusement consécutif du déficit public, la frustration des ménages aux revenus modestes, un message déplacé sur le partage entre travail et loisir dans une économie ouverte sur le monde et des élections perdues en partie à cause de cette loi...

Je soupçonne M. Jospin ne pas s'intéresser beaucoup à l'économie – celle qui crée des emplois, je veux dire, celle des entreprises. Il préfère laisser à d'autres – M. Strauss-Kahn, M. Fabius – le soin d'apporter des réponses à des questions dont il n'est pas l'expert. L'analyse attentive de ce qu'il en dit dans Le monde comme je le vois montre d'ailleurs un homme politique qui, sur ce sujet, raisonne en idéologue et n'a guère d'idée de la manière dont les entreprises créent de la valeur.

Sur le thème de l'économie et des entreprises, la conjonction éventuelle de M. Jospin président et du programme socialiste n'a rien qui puisse enthousiasmer les citoyens qui se demandent qui va financer les réformes qu'on nous promet – sans parler de rembourser les dettes accumulées – et d'où va venir la croissance.

La capacité de conduire les réformes

Que dire de l'expérience accumulée par M. Jospin au cours des années où il a exercé des responsabilités ?

Le gouvernement de M. Jospin a fait passer un certain nombre de réformes sans problèmes. Certaines, de gauche, parce que la droite avait été anéantie par la défaite qu'elle s'était infligée. D'autres, plus libérales, que son autorité et celle de ses ministres ont su faire accepter par la gauche elle-même. On portera tout ceci à son crédit.

Et dans la colonne débit ?

M Jospin réformateur a la responsabilité personnelle d'au moins quatre échecs politiques majeurs : la loi sur les 35 heures, l'absence de réforme du système des retraites, l'absence de solution apportée aux problèmes de la Tierce France – la France des marginalisés, des exclus et personnes en situation fragile –, l'échec des réformes de notre système d'éducation.

Je ne reviens pas sur l'histoire des 35 heures. On aurait bien tort de faire reposer cet échec sur les seules épaules de Mme Aubry. Il était Premier ministre. Il a laissé faire. De ce faux pas, M. Jospin ne se repent pas. Saurait-il empêcher le renouvellement des telles erreurs s'il était président ?

Sur les retraites, je m'en tiens au jugement de M. Rocard. Il n'a rien fait non plus sur ce sujet pendant son passage à Matignon mais, plus tard, il a eu l'honnêteté de le regretter publiquement et de reconnaître que la réforme des retraites était la patate chaude que tous les Premiers ministres des quinze dernières années se sont repassée. Dans ce domaine, M. Balladur et M. Raffarin ont montré plus de courage que M. Jospin – eh oui… Et M. Fillon, le ministre de la dernière réforme, a montré le talent qu'il fallait pour faire accepter un texte sans doute insuffisant mais incontestablement nécessaire – texte qu'au demeurant, le programme socialiste propose d'abolir de manière irresponsable et démagogique.

Sur la Tierce France, je n'ai qu'une question : qui engagera la généreuse réforme nécessaire, sinon la gauche ?

J'en viens à l'échec de la réforme de l'éducation. M. Jospin en partage la responsabilité avec bon nombre de ministres successifs. De ce fait, il partage aussi avec eux la responsabilité de l'envoi, année après année, sur le marché du travail de nombre de jeunes non formés qui se retrouvent chômeurs.

Pourquoi faire lui porter une responsabilité particulière dans ce domaine ? C'est qu'il en est plus qu'un autre responsable. C'est que c'est le domaine où on peut le mieux juger de sa capacité de réformer quand il est à la manœuvre. L'Education est le seul ministère où il a jamais exercé ses talents en direct. Plus que d'autres et plus longtemps que d'autres, il a eu les moyens de réformer le système. Résultat : néant.

Rappel des faits : il a été ministre de l'Education de 1988 à 1992, avec M. Allègre comme conseiller. M. Allègre est un ami personnel jouissant de sa confiance, un expert dont le diagnostic était sans complaisance. Comme Premier ministre, il a nommé le même M. Allègre au poste de ministre de l'Education de 1997 à 2000. Au total, donc, 7 ans de pleins pouvoirs – par charité, nous laisserons de côté les années où M. Jospin a dû demander à M. Lang d'éteindre l'incendie avec ses paillettes.

Quel est le bilan de sept ans de pouvoir ? Je laisse le lecteur, les contribuables, les parents d'élèves, les professeurs et surtout les élèves, les anciens élèves illettrés, les étudiants et les chômeurs non formés juger.

M. Jospin a démontré sa capacité à tenir le poste de Premier ministre de manière honorable – c'est ce qu'il dit de lui-même en qualifiant ainsi ses cinq ans à Matignon. Personnellement, je lui donne raison même si M. Raffarin n'était pas moins honorable.

Dans son billet du Monde, il prétend à un bilan plus brillant. Donnons-lui en acte.

Pour le reste, il a montré qu'il pouvait se tromper sur des réformes d'importance. Il n'a pas démontré qu'il avait le courage d'entreprendre des réformes impopulaires dont la nécessité était évidente et soutenue par autant de rapports d'experts que nécessaires. Il n'a pas démontré non plus qu'il avait la capacité de conduire ou de faire conduire par des amis les réformes dont il reconnaissait lui-même la nécessité. Voilà le vrai bilan.

Plutôt décevant, non ?

Et que faire maintenant, va-t-on m'objecter, de cette question de l'Education ?

Je suggère que la réforme de la formation et des enseignements – primaire, secondaire, supérieur, professionnels – soit un thème central de la campagne de 2007. Je suggère qu'on ne se contente pas de préconiser une augmentation des moyens – sauf à dire où on fera les économies correspondantes. Je suggère que les candidats annoncent quelle réforme permettra de mesurer les performances du système dans son ensemble et des différents acteurs en matière de formation à l'emploi et d'enseignement.

S'abstenir de le faire, c'est se priver de la légitimité nécessaire pour réformer notre système de formation et d'éducation au cours des cinq prochaines années. Au contraire, proposer au peuple de se prononcer de manière explicite pour une réforme profonde, c'est se faire donner un mandat. C'est se doter des moyens de discuter avec les conservatismes – enseignants, parents d'élèves, étudiants, syndicats – avec, pour soi, l'onction du suffrage universel.

Ecrivant ceci, je ne fais d'ailleurs que suivre le précepte que M. Jospin défendait il y a quelques années : Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis.

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En sens inverse, et sur ce même thème de la démocratie en actes, je vous fais partager la perplexité que je ressens à lire et relire le propos suivant, toujours extrait du papier que M. Jospin a publié dans Le Monde : Si l'on ne peut exclure que les électeurs choisissent à nouveau la droite l'an prochain, on est déjà sûrs, forts d'expériences répétées, que les Français ne supporteraient pas sa politique.

On peut prendre cette phrase comme une mise en garde : si après on éventuelle réélection la droite recommençait le coup du CPE, ça ne passerait pas comme ça… Mais M. Jospin croit-il sérieusement que la droite a besoin de lui pour se le rappeler ?

On peut aussi comprendre que si les électeurs réélisaient la droite, mais cette fois-ci sur un programme explicite de rupture – M. Sarkozy chaussant, si j'ose dire, les bottes de Mme Thatcher ou de M. Reagan – Eh bien, à gauche, on ira à l'affrontement ! Mais ce serait une attitude si totalement contraire à l'esprit de la démocratie qu'on se dit que ce ne peut pas être ça…

On peut enfin interpréter cette phrase comme un lapsus, l'aveu d'un leader qui pense que le suffrage universel peut se tromper, mais que lui, le grand Jospin, sait mieux que le peuple ce qui est bon pour lui et peut avoir raison contre tout le monde – un retour en force du bon vieux slogan Election trahison, en somme, associé à fort relent de mégalomanie. Une posture qui fait penser à l'attitude des conservateurs américains inspirés qui sont favorables à l'expansion de la démocratie au Moyen-Orient… sauf quand ce sont ses adversaires qui sortent vainqueurs des urnes !

Avec ceci, nous avons bien entamé notre dernière question : qu'est-ce que cet article nous révèle sur la personnalité de M. Jospin ?

La personnalité

Je vous propose un arrêt sur une phrase, une seule. Je le dis d'emblée, je suis d'accord avec le message qu'elle véhicule. Mais la manière dont M. Jospin y articule sa pensée me conduira cependant à y regarderai à deux fois avant de lui donner ma confiance et mon vote.

Je rends la parole à M. Jospin : Il sera plus aisé de faire respecter dans toutes les couches de la société les droits et aussi les devoirs qui fondent la vie en commun notamment si les riches et les puissants sont contenus dans leurs privilèges et rappelés à leurs obligations.

On comprend bien l'idée générale, qui figure en tête du paragraphe : l'exemple doit venir d'en haut. J'y adhère totalement. J'ai consacré un long papier sur l'Etat de droit, où je ne disais pas autre chose.

Mais pourquoi réserver votre propos aux seuls riches et puissants, M. Jospin ? Pourquoi focaliser votre courroux sur ces seules élites ? Et pourquoi épargner les autres élites que sont les hommes politiques, les magistrats, les professeurs ? Ils ne sont pas soumis au droit ? Ou alors, dans votre esprit, ils sont exempts de tout soupçon ?

Quand vous écrivez que l'exemple doit venir d'en haut, vous entendez que toute personne détentrice d'une parcelle d'autorité doit se montrer exemplaire, n'est-ce pas ? Mais vous ne condamneriez pas l'ensemble des maires sous prétexte qu'on trouve, ici ou là, parmi les élus locaux quelques brebis galeuses qui acceptent des pots de vin, n'est-ce pas ? Ni l'ensemble des éducateurs, sous prétexte qu'on y trouve quelques pédophiles ? Ni l'ensemble des magistrats, sous prétexte que certains d'entre eux ont récemment subi des sanctions du CSM ? Alors pourquoi stigmatiser uniquement les riches et les puissants ?

Vous en avez à tous les riches, M. Jospin ? A tous les puissants ? N'y-a-t-il selon vous aucun juste parmi les riches, aucun juste parmi les puissants, pour reprendre la question de la Bible ? Le monde des riches et des puissants est-il donc voué au feu qui anéantit autrefois Sodome et Gomorrhe ? Et à partir de quel niveau de fortune, à partir de quels revenus, à partir de quelle puissance votre police des riches et puissants considérera-t-elle qu'un riche est riche et un puissant, puissant ?

Voilà qui sent le fagot dont on brûlait les hérétiques. Le tout fondé sur un amalgame entre l'ensemble des hommes et les femmes qui appartiennent à une communauté et certains de ses membres qu'on couvre d'opprobre, qui pis est, sans rien prouver – voilà un procédé détestable, pour dire le moins.

Tout le monde vous reconnaît le droit de ne pas aimer les riches, M. Jospin, à chacun ses phobies – mais cela relève du for intérieur. De Gaulle n'aimait pas les riches ; il leur envoyait dire que la politique ne se fait pas à la corbeille. M. Mitterrand laissait entendre qu'il ne les aimait pas non plus, ce qui ne l'empêchait pas d'en fréquenter – mais il avait l'élégance de ne lancer d'attaque qu'impersonnelles, contre l'argent qui dort, souvenez-vous.

Vous voulez vraiment assurer le développement de la France sans entrepreneurs ? Vous croyez que vous y arriverez ? Et vous voulez nous le faire croire ?

Le président de la France partage un devoir avec le maire du plus petit village : ils doivent, l'un et l'autre, faire cohabiter tous les citoyens dont ils sont les élus et dont ils ont la charge.

Dans la commune rurale où je passais mes vacances quand j'étais enfant, il y avait des paysans qui utilisaient des tracteurs pour les travaux des champs, des travailleurs qui partaient tôt pour la ville sur des motocyclettes pétaradantes et des amateurs de repos et de silence. Chacun voyait midi à son clocher. Le maire le disait en réponse aux protestations des uns et des autres, et il en avait convaincu ses électeurs : ma mission est permettre aux uns et aux autres de vivre quand même ensemble.

Louis XIV n'aimait pas les protestants. Que des courtisans lui aient soufflé l'idée de révoquer l'édit de Nantes, c'est dans l'ordre des choses, même si ce n'est pas à leur honneur. Mais la tache qui ternit la réputation de ce roi est indélébile – sans compter ce qui advint aux exilés, dont certains, dois-je le rappeler, était des riches et des puissants.

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Tout recruteur vit avec une menace : violer le principe de Peter – une loi qui veut que les promotions soient accordées aux candidats les plus compétents jusqu'à ce qu'ils aient atteignent leur niveau d'incompétence. Une loi qui dit que la dernière promotion est généralement une erreur.

La question se pose pour M. Jospin.

Elle aurait pu être posée en son temps pour tel ou tel autre qui a néanmoins été élu président de la République. M. Jospin ressent certainement comme une blessure (d'amour propre) d'avoir dû s'effacer devant un concurrent pour lequel il n'éprouve manifestement pas de respect. Il a sans doute aussi le sentiment que les petits jeunes du parti socialiste qu'il a connus en culotte courte – des quinquagénaires au demeurant, pour la plupart – ne lui arrivent pas à la cheville.

Que nous importe ?

Ce qui compte pour les Français, c'est le programme, la capacité de conduire le changement et la personnalité du futur président ou de la future présidente.

Rien ne nous indique dans la dernière manifestation de son ambition que M. Jospin ait mis les quatre dernières années à profit pour changer et progresser dans aucune des directions qui lui avaient valu de nous promettre qu'il se retirait de la vie politique.

Paul van Giers
Recruteur occasionnel de président
12 juillet 2007