Lancé tandis que se dénouait la crise du CPE, Débat 2007.fr a d'emblée placé la question de l'emploi au centre de ses échanges.

C'est Xavier Lagarde qui, sur le blog, ouvre le feu. Dans un billet intitulé Que restera-t-il du CPE ?, il juge que le projet enterré par le gouvernement Villepin présentait, au-delà de ses défauts et de ses erreurs, quelques innovations intéressantes. Le CPE reposait sur l'idée d'un "deal" : un recul des garanties liées au contrat de travail, donnant plus de flexibilité à l'employeur, en échange d'une progression des garanties hors contrat de travail, de telle sorte que le salarié licencié puisse rapidement bénéficier de l'assurance chômage. Dans un contexte globalisé et fortement concurrentiel, les entreprises ne peuvent garantir l'emploi. Il faut donc que, grâce aux techniques assurantielles, la collectivité prenne le relais. Ce n'est jamais qu'une manière de pratiquer la "flexisécurité".

Le droit ne fait pas tout mais il peut contribuer à une amélioration de la situation de l'emploi, précise Xavier Lagarde. "Promouvoir un contrat de travail aux normes assouplies, ce n'est pas croire à l'existence d'un remède miracle, c'est tout simplement suggérer qu'il y a là un élément parmi d'autres permettant d'aller dans le bon sens". L'élaboration d'un nouveau contrat de travail, intégrant plus de souplesse, aurait pour effet de dégonfler un contentieux du licenciement reposant sur des principes discutables. La contrepartie serait une assurance chômage plus généreuse, en tout cas plus proche des attentes de chaque individu. Une vision assez largement partagée par les internautes, par exemple Lebonsens ou Aurel pour qui "l'unique voie de l'avenir, c'est l'unification des multiples contrats de travail existants en un contrat unique et largement flexible, dont les modalités seront négociables directement entre les employeurs et les salariés." Pour Bozo, "dire que le droit du travail est en France trop rigide n'est que partiellement vrai. L'intérim en France est par exemple le plus souple du monde. Ce n'est pas un hasard si c'est en France que Manpower fait son plus gros chiffre d'affaires". Avis partagé par Perlin, qui souligne néanmoins que "la flexibilité tout-à-fait honorable dont "peut s'enorgueillir" la France repose tout entière sur une très petite partie de la population, celle qui, notamment, ne dispose pas actuellement d'un CDI ou n'est pas fonctionnaire".

En échange d'un assouplissement du droit du travail, il convient de réfléchir aux mécanismes qui permettraient de mieux accompagner les chômeurs pour les aider à retrouver un emploi. Carnac par exemple, propose de cumuler les énormes budgets nationaux, régionaux et départementaux de la formation professionnelle continue afin de doter chaque enfant âgé de 16 ans d'un "capital formation tout au long de la vie" .

Pour Pat, qui régit à un autre billet de Xavier Lagarde intitulé CPE et contrat unique, une réforme de notre service public de l'emploi semble incontournable, avec une fusion ANPE / UNEDIC et un redéploiement des effectifs: en France, les statistiques montrent qu'un agent a la charge de 145 chômeurs contre 1 agent pour 20 chômeurs en Suède. En réaction à un billet d'André Cornil ("Le CPE est mort, vive le CTE ?") ; Olivier Ferrand estime aussi que le coaching est un élément clé de la réussite des pays scandinaves et insiste sur l'aspect contractuel : "le contrat de recherche d'emploi vous donne des droits très importants (coaching, formation, rémunération), il faut que vous remplissiez vos obligations de recherche d'emploi. Si ce n'est pas le cas, vous retombez dans le droit commun."

Reste le problème du coût du travail, particulièrement pour les emplois non qualifiés. Les allègements de charges pour les entreprises et la création de la Prime pour L'Emploi étaient destinés à réduire les coûts et à encourager financièrement la reprise du travail pour les emplois proches du niveau du Smic. Mais la Prime pour L'Emploi s'avère peu efficace, souffrant d'un ciblage trop grossier. Pour Richard Ziswiller, auteur du billet La France bientôt championne d'Europe ?, le coût du travail est bien un problème central, avec une corrélation établie : "Plus le taux de taxation du travail est fort, plus le taux de chômage est élevé". Pour alléger la pression fiscale pesant sur les salaires, il préconise la réduction des dépenses publiques et l'amélioration de la productivité de l'Etat. Cette corrélation entre niveau de taxation du travail et chômage est loin de faire l'unanimité. Beaucoup s'accordent néanmoins sur la nécessité de réduire le coût du travail, certains préconisant, comme Hervé, un transfert des cotisations sociales pesant sur les salaires vers une base plus large, par exemple la TVA.

Les pistes de réforme sont donc à la fois variées et complexes, Xavier Lagarde évoquant d'ailleurs une nécessaire "polythérapie" pour s'attaquer au problème du chômage.