Le débat sur l'ouverture des commerces le dimanche a été relancé autour des deux affaires de la boutique Louis Vuitton et des centres Usine Center. Ces deux cas, bien qu'étant de nature différente, sont symptomatiques de plusieurs maux et du conservatisme dont la société française souffre.

La créativité législative pour fausser le jeu de la concurrence

Face à un sujet pourtant simple techniquement, le législateur et les autorités administratives ont fait preuve là encore d'une créativité législative étonnante. On fixe un quota de 8 dimanche par an (pourquoi 8 et pas 10 ou 12 ou 26 ?), on met en place des zones touristiques à découpage variable ou des quotas de distribution de biens culturels, voire on donne des autorisations préfectorales dont les critères d'attribution sont pour le moins obscurs.

Le cumul de ces exceptions démontrent trois points essentiels :

  • le besoin de consommer le dimanche ;
  • l'absence de compréhension de ce qu'est une politique de l'offre ;
  • une incroyable capacité à fausser le jeu de la concurrence.

La volonté d'empêcher les gains de productivité

Le prétexte le plus couramment utilisé est de protéger les "gentils petits" commerces face aux "méchantes" grandes surfaces. Comme si un mode de commercialisation était plus moral qu'un autre.

Plus grave encore. Je ne suis pas en mesure de dire si cela est vrai d'ailleurs, mais si c'était réellement le cas, cela signifierait qu'on empêche la mise en œuvre de gains de productivité et d'économies d'échelle. On oublie une règle pourtant fondamentale : une société qui bloque volontairement sa productivité est condamnée à la paupérisation.

L'obsolescence par les nouvelles technologies

A titre personnel, comme de nombreux parisiens, ma femme et moi faisons nos courses via Internet, car c'est plus pratique et moins chronophage. Etant donnés nos emplois du temps bien chargés, notre temps disponible pour effectuer nos achats est concentré le week-end. Grâce à une livraison effectuée sous 24 ou 48h, nous avons pris une habitude de consommation qui est de faire nos courses via Internet intégralement le dimanche… Plus généralement, ce mode de consommation va s'accroître et prendre une part de marché significative dans la distribution.

Va-t-on interdire d'ouvrir les Webcommerces le dimanche ? Ou juste 8 fois par an ? Là encore, le législateur, à force de vouloir de sur-légiférer, se retrouve dépassé par l'innovation et l'évolution technologique. Or il est évident que les petits commerces de proximité n'ont pas la capacité à concurrencer le webcommerce ...

La volonté syndicale de privilégier les CDI au détriment du niveau d'activité

A coup d'études et de contre-expertises, il est difficile d'en tirer une conclusion d'impact sur la consommation. En la matière, il me semble préférable de s'appuyer sur le bon sens. A l'évidence, plus vous multipliez les points de contact de consommation, plus vous avez de chance que les consommateurs passent à l'acte. Surtout lorsque le taux d'épargne des ménages est élevé comme c'est le cas en France.

L'impact sur l'emploi reste difficile à mesurer, certaines études parlant de 40 000 emplois créés, ce qui, sans mobilisation de financement public, reste intéressant.

Toutefois, il est vrai que les emplois créés vont plutôt s'adresser à des temps partiels ou à des étudiants en mal de financement de leur scolarité. C'est ce qui justifie l'opposition syndicale à une telle ouverture, car selon eux, cela se ferait au détriment de la création de CDI.

On retrouve là le réflexe pavlovien de ceux qui sont protégés dans l'emploi : ils privilégient systématiquement le choix du chômage pour les autres plutôt que dans l'emploi même précaire.

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La libéralisation des commerces est un sujet simple rendu complexe par une société empêtrée dans ses propres tabous et son conservatisme.

Il est difficile de prévoir si à terme, ce serait les centres villes ou les centres commerciaux qui sortiraient gagnants, mais au fond, c'est aux consommateurs de choisir. Librement, tout simplement.