La fiscalité a fait l'objet de débats nourris depuis l'ouverture de Débat 2007.fr. C'est Hervé Lehérissel, avocat chez Ernst & Young et ancien directeur de la Législation fiscale au ministère des Finances, qui, dès le 30 mars, ouvre le feu, avec un billet intitulé Prélèvements obligatoires : les vrais enjeux de la réforme. Il y rappelle que les prélèvements obligatoires ont augmenté de près de 10 points de PIB depuis 1974. La France n'a pas réussi ces dernières années à engager une décrue, contrairement à beaucoup d'autres pays (notamment les Etats-Unis, le Canada, la Finlande ou la Suède…). Compte tenu de la nécessité de contenir le déficit public, la seule solution pour alléger la pression fiscale consiste à baisser les dépenses publiques. C'est la voie défendue par exemple par Pitr, dans un commentaire sur ce billet, qui appelle à des économies de personnel dans la fonction publique. Pour Duong (commentaire sur le même billet), il ne s'agit pas forcément de faire des coupes drastiques et rapides, mais d'encourager une meilleure gestion et un redéploiement des dépenses de l'Etat.

En ce qui concerne la structure de la fiscalité française, Evain, dans un commentaire sur la partie Diagnostics, propose une réforme consistant à créer un impôt sur le revenu unique, prélevé à la source, à partir de la CSG actuelle. Il préconise parallèlement un remboursement partiel sur la base du quotient familial et pour les revenus très bas, mais insiste sur le fait que tous les foyers fiscaux devraient payer l'impôt, même très faiblement. De nombreux commentaires insistent sur le fait que la fiscalité française pèse trop lourdement sur le travail. Dans son billet intitulé Pression fiscale sur les salaires : où en est la France ?, Martine Milliet-Einbinder rappelle que la France est mal placée à cet égard et supplante cette année la Suède à la quatrième place du palmarès derrière la Belgique, l'Allemagne et la Hongrie.

Ce constat pousse de nombreux commentateurs à envisager d'un œil favorable la réforme qui consisterait à basculer une partie des cotisations sociales assises sur les salaires vers la TVA. Pour les partisans de cette réforme, notamment Borodino dans son billet intitulé Pour une contribution sociale sur la consommation, un tel transfert du financement de la protection sociale permettrait d'élargir l'assiette des prélèvements : "les cotisations sociales ne seraient plus payées par les seuls actifs mais par tous les consommateurs qui bénéficient directement ou indirectement du système social." Cette réforme aurait le double avantage d'améliorer la compétitivité des entreprises à l'exportation et surtout de faire baisser le coût du travail, ce qui favoriserait la création d'emplois.

Michel Taly nuance cette lecture positive en rappelant que le basculement des cotisations sociales sur la TVA entraînerait une ponction sur le pouvoir d'achat des ménages et surtout un surcroît d'inflation. Dans son billet intitulé Fiscalité : le mirage des assiettes alternatives, il considère en outre que l'effet sur l'emploi serai quasi nul, voire négatif… "Pour l'emploi, la meilleure des politiques reste la maîtrise de la dépense publique, ajoute-t-il. Entre déplacer un milliard d'euros d'une assiette à une autre et baisser les prélèvements d'un milliard d'euros, l'effet sur l'emploi change d'un zéro : on parle de milliers dans le premier cas et de dizaines de milliers dans le second." Au-delà de l'effet de mirage lié au basculement d'une assiette vers une autre, l'impact sur l'économie et l'emploi serait en réalité très faible…

Tous ne sont pas de cet avis et les débats sur le sujet sont très nourris. Pour Hervé (commentaire 10 sur ce billet), la TVA sociale représenterait un transfert de charges au bénéfice des ménages qui travaillent : il estime qu'on pourrait ainsi supprimer toutes les charges salariales au niveau du Smic en compensant la perte de recettes de cotisations par une hausse de TVA. A quoi James Arly répond qu'"on ferait mieux de se demander quelle protection sociale on veut et à quel prix ; quel rôle de l'Etat et à quel coût." De Kermel (dans un commentaire sur le deuxième billet de Michel Taly), rappelle que la TVA sociale ne serait pas une nouvelle taxe mais s'apparenterait seulement à un basculement de charges. Il ajoute que l'opération serait neutre pour les citoyens et que notre système de financement de la protection sociale va de toute façon exploser. La TVA sociale aurait plusieurs avantages : baisser le coût du travail, faire cotiser les produits importés pour financer notre protection sociale - comme le font les Danois - et faire participer les touristes à ce financement. Duong (commentaire dans le même billet) considère également que la TVA sociale est une voie incontournable pour financer de futures dépenses sociales voire pour transférer des charges salariales, mais souligne que la TVA est très anti-redistributive.