Le débat est si riche et si animé que je vais plutôt répondre par thème que personnellement.

Je commence par ces discussions sur mon impartialité ou plutôt, si je comprends bien certains commentaires, sur mon manque d'impartialité.

Est-ce qu'en rappelant que je n'ai aucun parti pris, je cherche, en fait, à me convaincre que je n'en ai pas ? (James Arly, rejoint par Marc B) ? Non point ! Si j'avais une opinion arrêtée, je l'afficherais, ce serait plus simple. D'une certaine manière, j'écris sans doute sur ce blog pour essayer de m'en forger une, d'opinion – oui, c'est même exactement ça !

Toujours sur le même thème, est-ce qu'il suffit de lire entre les lignes pour comprendre mes orientations (Marc B) ? Si c'est ça et si vous les comprenez si bien, expliquez-nous, je suis preneur… Et bon courage ! ;-)

Marc B, je vous entends quand vous écrivez que pour faire ce job de recruteur, il faut se prévaloir de comprendre les attentes des Français, et pas seulement raisonner sur ce dont la France a besoin. La remarque vise juste. Je m'intéresse plus à ce dont la France a besoin qu'à ce dont les citoyens ont envie – domaine où ils me paraissent assez grands pour s'exprimer dans l'isoloir…

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Venons-en à l'objectivité – un débat qui n'a rien de philosophique (Marc B) puisqu'il me vaut une réserve quant à mon honnêteté de votre part – pas moins… ! Bigre…

Subjectivité de l'auteur, donc, comme le pense duong ? Au départ de la réflexion, sans aucun doute. Qui ne l'est pas à ce moment-là ? Mais, justement, la réflexion vise à progresser vers l'objectivité. Courte illustration : quand j'ai commencé à réfléchir à l'intérêt d'une candidature de M. Jospin, je suis parti d'une opinion plutôt positive – le souvenir qu'à l'époque où il était premier ministre, les choses s'étaient plutôt bien passées. J'ai mis de côté les accusations dont il fait l'objet habituellement, vous savez, la longue dissimulation de sa qualité de trotskyste – il y avait pourtant là de quoi nourrir le chapitre personnalité – la longue dissimulation du fait qu'il avait continué de travailler avec les trotskystes après avoir adhéré au PS – cas d'entrisme classique – et alors même qu'il y avait accédé à des responsabilités – vraiment pas très net comme comportement, si ? Et puis j'ai également mis mon mouchoir sur l'impression d'être pris pour un gogo à l'entendre dire qu'il avait déclaré qu'il se retirait de la vie politique sans préciser définitivement, et que l'absence de ce mot définitivement rendait possible qu'il revienne sur la scène politique sans se contredire, etc. Bref, j'ai fait abstraction de tous ces arguments battus et rebattus dans la presse pour aller à quelque chose d'objectif : ses écrits – pas des interviews où on aurait pu déformer sa pensée, mais ses écrits, des textes rédigés par lui et, en tous cas, revus et corrigés par lui. J'ai lu attentivement Le monde comme je le vois (328 pages !), j'ai décortiqué son article du Monde. Pas ma faute si sa plume trahit M. Jospin – la véritable personnalité de M. Jospin.

Robespierre conseille de se planquer parce que je sors les couteaux. Ce ne sont pas les couteaux que je sors, citoyen, c'est un tout petit scalpel. Je ne suis pas un hussard. Je ne sors pas mon sabre au moindre bruit de fond déplaisant. Ma méthode, c'est de repartir d'une réalité objective : ce que les candidats eux-mêmes proclament.

Partant de là, est-il impossible d'être objectif ? Il faut sans doute distinguer l'analyse, les interprétations et les conclusions. Si l'analyse est près du texte, elle reste objective. Je cite toujours fidèlement les citations à propos desquelles je prends position. Les interprétations me sont évidemment propres, elles sont donc subjectives, comment faire autrement ? C'est la confrontation de mes interprétations et de vos réactions qui peut faire jaillir des idées nouvelles et qui peut aider à se forger des convictions – c'est pourquoi, duong, ne cédez pas à la tentation d'arrêter d'ennuyer le lecteur et le contributeur avec vos remarques, au contraire, d'abord vous n'ennuyez personne et ensuite, vos réactions apportent un point de vue intéressant au débat, Reii, alias Reiichido, soutenu par Cyberobespierre vous le dit, et moi aussi – vos réactions ne convainquent pas forcément – cela semble vous décevoir – mais est-ce que vous êtes convaincu par mes propres réponses ? Je n'en ai pas l'impression.

Quant aux conclusions, peuvent-elles atteindre à l'objectivité ? Si c'était mon ambition, elle serait assez vaine. D'ailleurs, un recruteur professionnel n'y prétend pas. Sa mission est plus modeste, elle est d'éclairer le décideur – en l'occurrence, l'électeur – sur ses choix. Je l'ai déjà écrit, à la veille de l'élection, je proposerai une synthèse de toutes nos discussions. Je n'ai pas encore à l'esprit la forme qu'elle prendra. On peut imaginer de classer les candidats selon les critères que j'ai proposés (programme, expérience, personnalité). On pourrait leur donner des notes, ou des appréciations qualitatives. Au total, le résultat ne sera pas pire que de voter à l'instinct, sur la base de préjugés. Nous aurons au moins une base de discussion objective – sinon un jugement qui le sera.

Dernier point avant d'en venir au fond – avez-vous remarqué comme G-Alexandre le nombre et l'importance des commentaires sur les questions de méthode par rapport aux discussions de fond ? – duong demande comment envisager de voter pour un candidat socialiste après avoir critiqué les aspects économiques du programme et conseillé à M. Jospin d'en rester à son retrait de la vie politique. C'est pourtant simple : ne présentez pas M. Jospin, ne défendez pas le programme économique du PS. Vous voulez mon vote ? Présentez un autre candidat (ou une candidate) qui prenne ses distances avec le programme ! Si ce que le PS propose, c'est M. Jospin et le programme économique dont on a déjà parlé, ça craint...

Ce qui laisse un espoir à ceux qui veulent voter socialiste, c'est qu'il y a pas mal de candidats à la candidature au parti socialiste. Et comme dit Hugues Capet, ni Mme Royal, ni M. Strauss-Kahn ne semblent prêts à appliquer ce programme que M. Rocard – voilà quelqu'un qui ne peut pas être accusé comme moi d'être de parti pris, n'est pas duong ;-) – a exécuté d'une phrase, sans prendre de gants.

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Essayons d'en venir au fond.

Commençons par les 35 heures.

Je cite d'abord duong (17) : Ainsi il peut parler (il, c'est l'auteur du billet) sans contestation possible de l'échec des 35 heures alors que j'en étais resté à l'idée qu'il y avait eu quantité d'études sur le sujet pour finalement l'avouer… complexe. S'en suit un débat sur la question de savoir si les 35 heures ont eu un effet positif sur l'emploi. G-Alexandre aligne une formule d'économiste, duong démontre que la formule est descriptive et ne rend pas compte d'une causalité, il évoque un article de MM. Gunbian, Jugnot, Lerais et Passeron dans Economie et Statistiques, il fait état d'un chiffre de 350 000 emplois créés entre 1998 et 2002 sans qu'on comprenne si l'attribution de ces créations d'emploi est ou non scientifiquement imputable à la réduction du temps de travail.

Intéressant débat… que je m'étais bien gardé de soulever !

Je reprends textuellement ce que j'avais écrit au sujet des 35 heures : Le partage du travail comme remède à sa rareté, une réforme passée par la loi au mépris des partenaires sociaux qui négociaient, le creusement consécutif du déficit public, la frustration des ménages aux revenus modestes, un message déplacé sur le partage entre travail et loisir dans une économie ouverte sur le monde et des élections perdues en partie à cause de cette loi...Et plus loin, j'avais ajouté : Je ne reviens pas sur l'histoire des 35 heures. On aurait bien tort de faire reposer cet échec sur les seules épaules de Mme Aubry. Il était premier ministre. Il a laissé faire. De ce faux pas, M. Jospin ne se repent pas. Saurait-t-il empêcher le renouvellement des telles erreurs s'il était président ? Je parlais donc bien d'un échec, mais sans prétendre que l'absence de création d'emplois était la principale cause de l'échec de cette réforme.

Ceci dit, je ne crois pas que le partage du travail soit le vrai remède à sa rareté. Duong mentionne que des économistes de très haut niveau ont préconisé le partage du travail comme meilleurs solution pour réduire le chômage. J'aimerais connaître leurs noms, je serais heureux de leur consacrer un billet le cas échéant. J'en connais d'autres qui n'en sont pas convaincus. L'expérience de 1936 et des années qui ont suivi a montré que les lois réduisant la durée du travail constituaient un frein à la croissance de la production industrielle. Il a fallu s'en affranchir pour permettre la relance des industries de l'armement à la veille de la guerre. Frein à la production, donc frein à la croissance, et donc en définitive, frein à la création d'emplois, ou est-ce que je me trompe ?

Pour le reste, je ne reviens pas sur ce qui a été dit dans les commentaires de ce billet. Je vais seulement le résumer en suivant la logique que je poursuis depuis l'un de mes premiers billets : des trois France que j'avais distinguées alors, c'est sans doute la France centrale qui a le plus profité de la loi sur les 35 heures – quand vous êtes cadre sans heures supplémentaires et que vous gagnez un multiple du SMIC, la stagnation de votre revenu en contrepartie de plus de loisirs est assez supportable. Les Internationaux de France ont vécu cette réforme comme une absurdité qu'ils ne se sont guère appliquée à eux-mêmes. C'est la Tierce France qui a pâti de la réforme : horaires décalés, limitation des heures supplémentaires, report des hausses de salaires.

J'ajouterai qu'autre chose me chiffonne dans le fait de considérer que cette loi est emblématique des réformes de gauche : c'est qu'elle ne me semble pas s'attaquer à de vraies questions sur le travail en entreprise. Le travail est socialisant ; faire une loi qui le limite alors qu'il y a tant d'exclus me choque. Le travail peut par ailleurs être aliénant ; réduire la durée du travail est-il la seule bonne réponse à l'aliénation liée à certains travaux ? Je n'en suis pas certain. Les vraies questions tournent peut-être davantage autour de ce que nous faisons de notre temps au travail, de l'engagement que les entreprises exigent de plus en plus de leurs employés – en plus de la discipline et de la productivité – de notre acceptation de cet engagement ou de notre volonté de n'être que des apporteurs provisoires de valeur, sans engagement émotionnel, sans enracinement, etc. Mais, ça, me direz-vous, c'est compliqué, ça ne relève pas de la loi – plutôt de discussions entre partenaires sociaux… Vrai ! Ce n'est d'ailleurs pas moi qui l'ai inventé : on ne réforme pas la société par décret.

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L'autre sujet de fond, c'est l'éducation.

Les intervenants sur le blog conviennent ou admettent implicitement que M. Jospin a eu les pleins pouvoirs, directement ou par personne interposée pendant sept ans. Personne – duong, vous pas plus que les autres, n'est-ce pas ? – ne semble contester que ce règne sans partage n'ait rien produit de positif. Duong, suivi par Eric, vous êtes simplement sur votre faim quand vous lisez ce que je propose et vous ne comprenez pas que transformer l'instrument de mesure de la performance puisse être la principale réforme nécessaire pour modifier le système.

Je n'ai pas voulu dire que transformer l'instrument de mesure est la principale réforme nécessaire pour modifier le système. Je demande seulement que cela fasse partie de la réforme qu'on proposera. Ce peut être une mesure parmi d'autres. Ceci dit, elle est importante.

Petit retour en arrière, maintenant : il y a des années, M. Bayrou avait préparé sa nomination comme ministre de l'Education en écrivant un livre sur la réforme de l'éducation nationale. Je ne me souviens ni du titre, ni de l'année, mais Frédéric qui se souvient du passage de M. Bayrou à l'éducation nous rafraîchira peut-être la mémoire. Je me souviens seulement d'avoir lu ce livre crayon en main – déjà… – pendant un mois d'août, pour conclure que la seule vraie réforme proposée consistait à changer le système de notation des professeurs, réforme que M. Bayou ne mit d'ailleurs pas en œuvre, si mes souvenirs sont exacts.

Alors où en sommes-nous aujourd'hui ?

Ne pas dire que les instituteurs et les professeurs ne sont pas notés – sauf les professeurs du supérieur, peut-être. Ils sont inspectés. Ils y a des responsables d'établissement qui sont responsables de l'enseignement dispensé.

Alors ?

Ce que je suggère, c'est de lancer une réflexion sur les finalités du système. Comme j'en suis un pur produit, comme c'est largement grâce à l'instruction que j'ai reçue que j'ai pu tirer mon épingle du jeu, comme on dit, j'aurais mauvaise grâce à ne pas recommander que la finalité du système soit la transmission du savoir, d'un savoir dont je ne me plains pas qu'il ait penché, il y a un demi-siècle, du côté de l'élitisme, avec plein de langues mortes, de philosophie, etc.

Ce système a vécu. On a démocratisé l'enseignement et construit des lycées et des universités un peu partout. On a abandonné les langues mortes, on a poussé l'enseignement des sciences – très bien, c'était certainement nécessaire. On a fusionné les filières dans le collège, on a démocratisé le bac – 80% de succès, ou peu d'en faut – on ouvert l'accès de l'Université, etc.

Et on a maintenant une formidable machine à produire des élites – voyez les classes préparatoires et les grandes écoles –, des filières professionnelles spécialisées qui fournissent les médecins et les juristes dont la nation a besoin, et des universités – comment les qualifier ? – qui sont malheureusement aussi une fabrique de chômeurs et d'illettrés – regardez les jeunes manifester (à juste titre selon moi) contre le CPE, lisez les écrits de M. Bentolila.

Comment le même système peut-il poursuivre des objectifs aussi différents en direction de populations aussi hétérogènes ? Sans doute en se différenciant. Mais comment la nation pourrait-elle accepter une plus grande différenciation qu'aujourd'hui selon des axes qui s'apparentent autant à ceux des Trois France que j'avais distingués dans un de mes premiers billets ? Imagine-t-on les grandes écoles pour les Internationaux de France, les filières professionnelles pour la France centrale et les ZEP pour la Tierce France ?

Et si nous gardons un système unique – plus exactement, si nous faisons converger les composantes du système existant, comme le propose le ministre de la recherche actuellement, comment allons-nous gérer l'ensemble et ses différentes parties ? C'est là qu'intervient la nécessité de définir des missions, et peut-être de prévoir différentes modalités d'intervention : l'organisation distinguant enseignement primaire, secondaire et supérieur est-t-elle toujours la bonne ? Le ressort géographique de l'académie a-t-il toujours une raison d'être ? Pourrait-on envisager des filières nationales ? Pourrait-on imaginer des systèmes hybrides ? Faut-il plus de centralisation ? Faut-il plus d'autonomie ? Ou une totale autonomie ? Etc.

Quelle que soit l'organisation retenue, comment allouera-t-on les moyens entre les différents acteurs ? C'est là qu'il devient nécessaire de réfléchir à la mesure des résultats obtenus. Car si l'objectif est de dispenser une formation élitiste, ne donnera-t-on pas plus aux acteurs qui auront formé, que sais-je, le plus de prix Nobel ou de médaille Fields ? Et s'il est de dispenser des formations créatrices d'emplois, ne donnera-t-on pas plus aux organisations dont les anciens élèves ou étudiants ont le plus facilement trouvé des emplois ?

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Dernier point, sur l'intéressante question de la capacité de réformer.

Marc B nous dit : les deux freins majeurs aux réformes à mon sens sont le manque de courage politique (pourquoi se griller alors qu'il est préférable de ne rien faire ou si peu ?) et le règne des corporatismes et des syndicats (comment réformer dans ces conditions ?).

La capacité de conduire le changement est un des critères clé du choix à faire. Je voudrais faire quelques commentaires.

Première piste : oui, il faut du courage en politique. L'opportunisme et la pusillanimité font des bilans désastreux, comme nous sommes humiliés de devoir le constater. Mais le volontarisme ne donne pas forcément de meilleurs résultats – voir l'échec de M. de Villepin. Il y faut donc quelque chose de plus que du courage.

Deuxième piste : le conservatisme des syndicats et des corporatismes ne facilitent certes pas l'action des réformateurs. Mais il y aussi des domaines où la résistance ne vient apparemment ni des syndicats, ni des corporatismes. Prenez la lutte contre l'exclusion, le droit au logement, la lutte contre l'illettrisme, l'insertion des personnes handicapées, etc. La critique des syndicats et des corporatismes ne rend pas compte de toutes les difficultés. Il y faut donc quelque chose d'autre.

Troisième piste ou, plutôt, cette fois, série de pistes : on aurait tort de penser que les réformes ne sont freinées que par des comportements irrationnels ; on aurait tort de supposer qu'un plus grand effort de communication, ou une communication mieux orientée, suffirait à faire passer les réformes ; on aurait tort de penser qu'ajouter des réglementations peut contraindre les comportements. Les acteurs d'une réforme – ceux qui poussent et ceux qui freinent – ont le plus souvent un comportement rationnel ; ces acteurs sont le plus souvent assez bien informés, ils n'ont généralement ni besoin ni envie d'une communication supplémentaire qui apparaîtrait comme une manipulation ; les incantations n'ont jamais convaincu aucun adversaire ; les changements par décret sont ceux qui sont les moins crédibles, sauf s'il s'agit de prendre acte d'une évolution déjà admise.

Quatrième piste en forme de question : plutôt que le courage, n'est-ce pas la méthode qui manque le plus au personnel politique ? Il y a quarante ans, l'Etat ne passait pas pour être si mal géré et les entreprises françaises étaient loin d'être capable de soutenir la comparaison avec leurs concurrents étrangers. Aujourd'hui, la situation est inversée : les entreprises ont appris à se réformer, l'Etat, non. Pendant ce temps, la réflexion sur les manières de réformer les sociétés a progressé – voir au rayon "sociologie des organisations". Les entreprises n'ont pas été longues à s'en approprier les leçons. L'Etat, c'est moins sûr. En tous cas, on n'en voit pas les résultats.

Dans notre réflexion sur le bon candidat, il y aurait une logique à choisir celui qui a déjà conduit des grandes réformes avec succès – c'est l'argument de M. Rocard qui se demande comment confier un trente tonnes bourré d'explosifs à des gens qui n'ont jamais conduit de poids lourd. Il y aurait aussi une autre logique : prendre un candidat, sans doute plus jeune et peut-être moins expérimenté, mais qui aurait mis son nez dans Simon, March et Friedberg, par exemple – ce serait privilégier une approche rationnelle de la préparation et de la conduite des réformes.

Dernier point sur la conduite du changement politique. On peut toujours essayer de réformer sans avoir reçu de mandat pour le faire ; si la nécessité en est ressentie par tous, si le diagnostic est fouillé – et là, je diffère d'avec duong, des diagnostics rigoureux et rendant l'action possible, on en manque – si les propositions conduisent à substituer une nouvelle rationalité à la précédente, ça peut marcher. Mais si on veut se heurter aux conservatismes, mieux vaut aller chercher un peu de légitimité dans les urnes. Pourquoi et comment Mme Thatcher a-t-elle réformé le Royaume-Uni ? Sur la base d'un programme approuvé par des électeurs qui avaient le sentiment que le travaillisme était dans une impasse. Pourquoi M. de Villepin n'avait-il guère de chance de faire passer le CPE – indépendamment du détail de la loi ? Parce qu'il n'avait personnellement aucune légitimité et que le président de la République au nom de qui il agissait n'avait pas été élu sur ce type de programme. Pourquoi M. Mitterrand a-t-il fait voter sans difficulté une mesure aussi absurde que les nationalisations de 82 ? Parce qu'il avait été élu sur un programme qui l'incluait. D'où ma suggestion que la réforme de la formation et des enseignements – primaire, secondaire, supérieur, professionnels – soit un thème central de la campagne de 2007. A défaut d'avoir du courage personnellement, on peut s'en donner par la grâce du suffrage universel.

Vive la démocratie, donc !

Paul van Giers
Recruteur (occasionnel de président)
19 juillet 2006