Par Jean-Romain Fayard

Soyons clairs : par les temps qui courent, une petite entente cordiale franco-italienne ne ferait pas de mal.

D'abord, passe d'armes à rebondissements sur l'affaire ENEL-Suez ; puis quelques prises de positions politiques transalpines pas toujours conformes aux attentes nationales respectives (un certain projet de ligne TGV Lyon-Turin, entre autres) ; et, pour couronner le tout, la résolution d'un différend personnel sur un mode un tantinet viril au beau milieu d'un terrain de foot. Ah, j'oubliais : la victoire de Ferrari au Grand Prix de France, juste après. Même les personnes animées de la plus solide mauvaise foi en conviendront : ça commence à faire beaucoup.

Depuis quelques semaines, l'Italie - dans son ensemble - n'est pas animée par un fort vent de francophilie (si tant est que ce soit le cas de temps en temps). Persuadés d'être regardés de haut par leurs voisins (que nous sommes), les temps sont à la célébration de la fierté nationale retrouvée. Ainsi, la sensibilité aux problèmes français semble bien faible, d'autant plus que notre vie politique nationale n'est pas de nature à susciter de grandes exaltations. De son côté, le gouvernement Prodi, conforté par le rejet massif de la réforme constitutionnelle sur l'autonomie des régions voulue par Berlusconi, s'est lancé dans des mesures de libéralisation touchant de nombreuses professions (avocats, pharmaciens, taxis, etc.). Non seulement le courage de ces mesures, initiées par un gouvernement de centre-gauche, peut être salué, mais en plus elles ont l'air d'être menées, jusqu'à présent, avec un relatif succès. Leur modèle n'est donc clairement pas les méthodes de réformes françaises !

Si un évènement français a eu l'honneur de pleines pages dans la presse italienne (hors commentaires sportifs...), c'est le départ de Serge July de "Libé". Et Il Sole 24 Ore (du 14 juin), journal économique, de retracer les heures de gloire de l'hebdomadaire : son idéologie de "gauche prolétaire", sa présentation novatrice, ses combats (du "Enfin l'aventure" de mai 1981 au "NON" du 21 avril 2002), le rappel au réalisme des lois économiques... Pour l'Italie, le départ du fondateur est profondément corrélé au deuil des illusions de mai 68 ; c'est ainsi que prédomine l'impression que nos deux pays tournent les pages de leur histoire avec regret, quelqu’aient été les contradictions et les impasses de ces périodes.

Heureusement qu'on fête les 50 ans du jumelage de Rome avec Paris : enfin une cause que l'on peut épouser sans danger ! Vivent les ententes culturelles...