Par Damien Rupied[1]



Coupe du monde de football, Tour de France, canicule, vacances... L'actualité de ces dernières semaines en France a quelque peu relégué au second plan les prémices de la campagne électorale qui nous occupent ici. Etrangement, c'est au cours de cette période peu propice à la diffusion d'un message politique fort que Lionel Jospin a choisi d'annoncer – à demi-mots qui plus est – qu'il envisageait de revenir dans le grand bain de la politique nationale.

Le peu de réactions suscitées par sa déclaration sur la blogosphère laisse penser que l'ancien Premier Ministre a particulièrement mal choisi son moment. La communication n'a sans doute jamais été le fort de Lionel Jospin et, malheureusement pour lui, il n'a pas semblé mettre à profit son retrait post-2002 pour améliorer cet aspect de son personnage public. Cette absence visible d'évolution, de changement, de remise en question ne semble pas se limiter à l'enrobage médiatique, comme en témoignent les quelques blogs qui se sont quand même intéressés à l'information.

Pour la majorité des commentateurs, ce qui ressort en premier lieu du discours jospiniste actuel, c'est qu'il est un décalque quasi parfait de celui qu'il tenait en 2002 : éloge de son propre bilan à Matignon, posture d'homme intègre, ne retenant comme source de son échec que la division de la gauche. Dans ces conditions, les blogueurs se demandent ce qui peut bien motiver ce retour, et surtout ce qui pourrait pousser les électeurs à accorder cette fois-ci leur confiance à Jospin. L'argument de la lutte contre la division du parti socialiste et la surabondance de candidatures ne convainc personne. C'est peut-être ce qu'il y a de plus maladroit dans ce retour de Lionel Jospin : il ne se place délibéremment pas au-dessus des autres et apparaît donc comme un candidat comme un autre, ajoutant la division à la division, et n'ayant qui plus est pas les atouts qui font le succès actuel de Ségolène Royal (maîtrise de la communication, réseau de sympathisants débordant largement du cadre du parti, incarnation d'un certain renouveau...). La comparaison avec la Présidente de la région Poitou-Charentes, qui revient comme un leitmotiv, est ainsi rarement à l'avantage de l'ancien Premier Ministre, qui ne semble même pas pouvoir incarner la compétence et la stature d'homme d'Etat face à la relative inexpérience de Ségolène Royal à ce niveau de responsabilités.

Le message politique de fond délivré par Lionel Jospin ne convainc plus, y compris au sein du parti socialiste. Son absence d'évolution depuis cinq ans apparaît comme le signe d'une réflexion purement défensive, qui se contenterait de jouer sur le remords des sympathisants de gauche en 2002, sans proposer de réelles réponses aux défis de la société française aujourd'hui.

Enfin, les quelques rares blogs et sites de soutien à la candidature de Jospin sont à l'image des faiblesses du personnage, évoquées par ailleurs : manque d'évolution et d'utilisation de toutes les ressources du web 2.0 quand les autres candidats utilisent, à des niveaux plus ou moins aboutis, les logiques de réseaux, de participation citoyenne et de recrutement au sein du parti. Lionel Jospin est de retour, et ça ne fait pas vraiment l'évènement sur les blogs.

Notes

[1] Damien Rupied est l'animateur du blog Largo Desolato.