Après quelques semaines de paresse caniculaire, la fraîcheur revenue, j'ai décidé, ce matin, d’écrire un nouveau billet. Sur quel sujet ? Je pensais initialement m'intéresser à la question de l'enseignement des valeurs à l’école, mais après avoir ouvert le site, je note avec consternation que la recherche ne figure pas parmi les enjeux pour 2007 affichés dans la page d'accueil. Ouvrant ensuite le blog proprement dit, je retrouve un peu de sérénité en constatant que la recherche fait bien partie des sujets traités. Ce n'est malheureusement que pour tomber de déception en déception, car après avoir cliqué sur le bouton correspondant, je constate que je suis le seul contributeur sur ce thème et que mes billets n'ont pas eu grand écho. Tant pis pour les valeurs à l'école, elles attendront car je veux réaffirmer que la recherche et l'innovation représentent un enjeu majeur pour notre pays. Je vais donc en reparler, dussé-je être le seul.

En vérité, je ne suis pas sûr qu'il s'agisse d’un véritable désintérêt. Je crois plutôt qu'il s’agit d’une erreur d'analyse des responsables tant économiques que politiques ou médiatiques. Au niveau du discours en effet, tout le monde s'accorde à reconnaître que l'avenir de notre pays, mais aussi celui de chaque entreprise en particulier, dépend largement de ses capacités d'innovation technique et partant, de son effort de recherche. Mais au niveau de la pratique, la recherche apparaît souvent comme un outil technique qu'il convient de laisser aux seuls spécialistes et de n'en plus parler, hors le moment d’établissement du budget, la désignation d'un Prix Nobel français ou les manifestations de chercheurs en colère. Bien sûr, au niveau de la gestion quotidienne des laboratoires, cette position est légitime mais lorsqu'on se place au niveau stratégique, le seul auquel devrait s’intéresser un Président de la République, elle devient irresponsable.

Certains diront que la recherche fondamentale doit pouvoir s'orienter en dehors de toute contrainte, si l'on excepte la dynamique propre à chaque discipline et les possibilités qu'ouvrent de nouvelles technologies (mesure, imagerie, calcul etc.). Cela est incontestable, mais que représente dans nos laboratoires cette recherche purement orientée vers le progrès des connaissances ? 20 à 25% de la recherche publique, quelques % de la recherche en entreprise. Quelle est la mission du reste ? Dans l'entreprise, la réponse est évidente : construire la compétitivité future de ses produits et de ses services, permettre la croissance de ses marchés et in fine, assurer sa pérennité. Au niveau du pays, elle ne devrait l'être pas moins : contribuer à faire face aux grands enjeux nationaux et internationaux d'aujourd'hui et de demain tels que l'indépendance énergétique, la santé, le développement durable, la sécurité intérieure et extérieure, l'emploi, la cohésion nationale etc. Mais, cela supposerait que soient affichées des priorités claires au seul niveau qui soit légitime, celui du pouvoir politique, ce qui dans notre Constitution signifie celui du Président de la République. Or, tel n'est pas le cas. Depuis plus de vingt ans, la recherche publique est laissée trop largement dans les mains des seuls chercheurs, avec les conséquences néfastes que j'ai déjà eu l'occasion de souligner. Puisse le débat électoral de 2007 contribuer à changer cette situation.