Les politiques arrivent avec une rapidité fascinante à suivre les changements de couleur de leur environnement. Ainsi certaines des personnalités aujourd'hui parmi les plus à gauche du PS ont-elles pu défendre les stock-options en 2000, alors que certains milliardaires américains - Warren Buffett en tête - critiquaient alors, à juste titre, les illusions d'un système qui permettait de rémunérer fortement certains, en quasi franchise d'impôts, sans que cela ne coûte rien à personne. De la même façon a-t-on pu entendre une partie de la droite fustiger les "patrons voyous" et les licenciements avec une violence que peu de parti sociaux-démocrates européens auraient revendiquée.

Il serait injuste de reprocher cette capacité au personnel politique : après tout, si l'on souhaite que la représentation nationale soit représentative de la volonté publique, il faut alors accepter qu'elle en suive également les excès - aux institutions, aux textes fondateurs et aux "sages" censés en vérifier l'application de donner un cadre limitant l'effet de ces excès sur les libertés fondamentales. Cette capacité de mimétisme possède cependant un inconvénient de taille : elle rend difficile le choix d'un leader, dès lors que tous les candidats font leur possible pour incarner les valeurs dans l'air du temps.

Ainsi en va-t-il de la "rupture" : il est désormais clair que les attentes des français sont fortes dans ce domaine, et tout à fait légitime au vu des enjeux sociaux et économiques auxquels la France doit répondre dans les années à venir. Face à ce besoin de "rupture", nombreux sont les "rupteurs" potentiels. Il se présentent en trois catégories principales : les "caméléons" pour lesquels l'attitude de rupture correspond à un simple mimétisme, les "marginaux" pour lesquels la rupture traduit une volonté de changement qui les place tôt ou tard "en marge" de leur parti, et les "provocateurs", pour lesquels la rupture est davantage un moyen pour exister médiatiquement qu'une ligne d'action politique.

Les "caméléons" sont des personnalités qui ont su avoir une première partie de carrière qui leur a permis de monter au sein d'un appareil politique - ce qui nécessite généralement plus de capacité de consensus que de volonté de rupture - et qui se découvrent "rupteurs" sur le tard, notamment lorsque cette image rencontre les désirs de l'opinion. Il n'est pas nécessaire de donner d'exemple : à l'heure où les Français attendent un changement, tous les hommes politiques se prétendront du parti de la rupture, qu'elle soit révolutionnaire ou libérale, dans l'alternance ou dans la continuité !

Les "marginaux" sont plus désintéressés. leurs ruptures portent visiblement sur des sujets de fonds - grands et petits - et se situent souvent à contre-sens de l'opinion, notamment parce qu'elle sont en avance sur leur temps. Par rapport à une majorité davantage marquée par le mimétisme, ils pourront se trouver en minorité de leur propre parti. Cette catégorie correspond à des personnes "en marge" de leur mouvement - par exemple, à gauche, Mendès-France ou Rocard.

Les "provocateurs" utilisent quant à eux la rupture comme outil politique - soit par opportunisme (rompre avec les faibles d'un jour pour rejoindre les forts du moment), soit par stratégie de communication (l'affichage d'un conflit ou d'une opposition étant une façon efficace de faire parler de soi). Leurs ruptures laisseront plus de traces dans les gazettes que dans les manuels d'histoire ; c'est sans doute Jean-Marie Le Pen qui incarne le mieux cette catégorie.

Il serait évidemment déraisonnable de choisir un ou une candidate uniquement sur une volonté de changement, sans regarder plus précisément quel changement il ou elle propose et ses compétences pour analyser et pour décider. Mais la capacité à mener à bout ce changement est toute aussi importante : entre les caméléons, les marginaux et les provocateurs, il faudra faire le bon choix !