Si l'on examine la stratégie éducative de la France au cours des trente dernières années, deux tendances lourdes peuvent être mises en évidence : l'accent a été porté constamment sur l'allocation de moyens supplémentaires et le système a peu innové dans son cœur de métier, alors même qu'il était confronté à des changements massifs de la population scolarisée et de son environnement.

Une stratégie centrée sur les moyens

Avec 116 milliards d'euros, soit 7,1% de son PIB, consacrés à la dépense pour l'éducation, la France se situe dans le peloton de tête des pays de l'OCDE. Cette dépense a quasiment doublé en euros constants au cours des trente dernières années.

L'essentiel de cet accroissement n'a pas été utilisé, comme on pourrait le croire, pour faire face à l'afflux des lycéens et des étudiants (puisque cet afflux a été compensé par les effets du retournement démographique sur les effectifs du premier degré et du collège), mais pour financer le doublement en euros constants du coût unitaire moyen de l'élève (100% pour le premier degré et 90% pour le second degré), sous le double impact de la diminution des effectifs des classes et de la revalorisation des traitements des enseignants.

Or, les comparaisons internationales montrent qu'il n'y a pas de relation entre les performances d'un système éducatif et le niveau global de la dépense. Certains pays, comme la France et les Etats-Unis, dépensent beaucoup pour obtenir des résultats moyens ou médiocres, d'autres au contraire, comme les pays d'Asie ou la Finlande, dépensent peu ou moins pour obtenir d'excellents résultats.

Plus précisément, très peu d'études ont permis de mettre en évidence une relation entre les résultats des élèves et le nombre d'élèves par classe. A l'appui d'un effet favorable, on peut citer une étude récente portant sur les ZEP et une étude américaine plus ancienne qui concluait à un lien de causalité positif lorsque la réduction était massive, intéressait l'année des apprentissages fondamentaux et concernait un public défavorisé. A l'opposé, le Haut Conseil de l'Evaluation de l'Ecole a recensé plus d'une centaine d'études qui concluaient en sens inverse… ou concluaient à l'impossibilité de conclure !

Pour tenter d'éclaircir le débat, le ministère de l'Education nationale a organisé à la rentrée scolaire 2002-2003 une expérimentation en vraie grandeur : une centaine de cours préparatoires accueillant majoritairement des élèves "défavorisés" ont bénéficié d'une réduction de leur effectif à 8-12 élèves. La conclusion confirme ce que l'on savait déjà : "au total, si l'on constate bien en cours et en fin de CP, un faible effet sur la progression des élèves, effet qui pourrait être dû à la diminution des effectifs, cet effet n'apporte rien en termes d'équité et, surtout, il ne semble pas durable. Une fois que les élèves sont passés en CE1, leurs performances ne sont pas différentes de celles de leurs camarades qui ont fréquenté des CP à effectifs habituels".

Pourtant, cette politique de réduction de la taille des classes a été conduite avec constance depuis plus de trente ans sous la pression des organisations syndicales d'enseignants, pour lesquelles elle constitue toujours un axe revendicatif fort. Pourquoi ? Tout simplement parce que si le nombre des élèves dans la classe n'a pas d'influence identifiable sur leurs résultats scolaires, il joue un rôle déterminant sur les conditions de travail des maîtres. C'est donc un trait de génie du syndicalisme enseignant d'avoir érigé en théorie éducative ce qui participe essentiellement d'une revendication corporatiste.

Au total, la France a consacré l'essentiel de l'accroissement des moyens qu'elle a accordé à l'éducation depuis trente ans pour agir sur deux variables, le traitement des enseignants et la taille des classes, qui ont comme caractéristique commune de n'avoir que peu ou pas d'influence sur la performance du système.