Le marché de l'emploi s'améliore, nous dit-on, mais à l'occasion du débat extrêmement houleux sur le CPE, on a pu voir qu'il restait un certain nombre de problèmes structurels qui vont certainement resurgir un jour ou l'autre.

Nous souhaitons, pour notre part, revenir sur la notion de précarité qui a été au centre des débats et qui est certainement l'un des nœuds des problèmes liés à l'emploi.

Celle-ci a été évoquée en permanence comme étant liée à la possibilité pour un salarié de perdre son emploi du fait d'une décision arbitraire d'un patron. Cette présentation univoque passe sous silence le fait qu'un salarié peut lui aussi, sans aucune justification, quitter son emploi - soit parce qu'il le juge trop prenant, soit parce qu'il a trouvé plus stimulant ailleurs.

Mais le vrai problème de la précarité est ailleurs : il tient à la motivation des salariés. Un salarié motivé contribue à la compétitivité de l'entreprise ; celle-ci n'a aucune raison de s'en séparer, pas plus que le salarié n'a de raison de quitter l'entreprise. La motivation des salariés apparaît donc comme le premier des objectifs à atteindre.

Dans cette perspective, nous suggérons la mise en place d'un new deal qui, en proposant aux jeunes, aux chômeurs de longue durée et aux "salariés âgés" une formation et un avenir, changerait radicalement la logique contractuelle entre l'employeur et l'employé.

La logique de ce new deal serait la suivante :

  • L'entreprise propose au salarié un CDI qui aurait pour caractéristique première de garantir (sauf faute grave ou lourde) un minimum de deux années d'emploi - deux années de stabilité, consacrées au travail, à la formation, à l'acquisition ou à la consolida­tion des connaissances.
  • En échange de cette stablité, le salarié s'engage à rester deux années au minimum dans l'entreprise qui, n'en doutons pas, a elle aussi besoin de stabilité et non de précarité. Rappelons que toute embauche est d'abord un investissement productif, qui ne devient véritablement rentable qu'après un parcours initiatique structurant et planifié dans ce but.

Ce dispositif implique que l'employeur accepte un devoir éthique : s'assurer qu'il y a bien formation, et de préférence une formation générative, c'est-à-dire qui privilégie la compétence sur la performance. Le salarié, de son côté, doit apporter sa pleine contribution à la réussite de l'entreprise, contribution qui se résume en quelques mots-clés : travail, implication, rigueur, persévérance.

Ce new deal vise en fait à redonner aux jeunes ou aux moins jeunes une place dans le système de production et dans l'économie du pays ; il prolonge un processus engagé il y a 25 ans déjà par certains grands patrons, comme Antoine Riboud ou François Dalle. Il aurait sans doute besoin d'être soutenu par le gouvernement, sous la forme d'aménagements juridiques (il s'agirait en particulier de s'assurer que le salarié ne puisse pas quitter l'entreprise, sauf circonstances exceptionnelles, avant deux ans, pour les jeunes sans qualification, et avant six mois, pour les "salariés âgés") et d'incitations financières (par une risourne sur l'impôt sur les sociétés, plutôt que par une baisse des charges : mieux vaut encourager le gain, i.e. la rentabilité d'une entreprise, qui est une sanction a posteriori, plutôt que de grever a priori le système).