Le retour de la croissance, le mythe de la cagnotte budgétaire, la peur de la "rentrée sociale", la perspective électorale : tous les ingrédients sont réunis pour réanimer un vieux faux débat en France, qu'est celui, je cite, de "la relance du pouvoir d'achat". Voyage au cœur de la démagogie politique.

Une analyse économique absente du débat

La façon dont les politiques de tous bords se saisissent de ce sujet tendrait à faire croire aux citoyens que le pouvoir d'achat se décrète. Or, le seul réel outil structurel et non gadgétisé dont disposent les politiques est la fixation du niveau du SMIC. De fait, sur ce point, en analysant les revalorisations successives effectuées ces dix dernières années, on voit bien que cet outil a été utilisé soit en tant que "patch" pour contrebalancer les effets pervers des 35h, soit en tant que posture électoraliste.

En effet, très étrangement, la notion de productivité et son lien avec le pouvoir d'achat ne sont que très rarement évoqués dans ce débat. Je suis stupéfait que l'on puisse proposer que le niveau du SMIC soit porté à 1 500 € alors que nul n'est capable de connaître l'évolution de la productivité sur les cinq prochaines années. Comment peut on affirmer en même temps qu'il faut d'abord créer des richesses avant de pouvoir les distribuer ?

Le MEDEF propose à juste titre qu'une commission indépendante soit nommée afin que la revalorisation du SMIC porte sur une analyse des fondamentaux économiques, et non pas déterminée par la conjoncture électorale.

La relance du pouvoir d'achat passe par une augmentation de la productivité et, pour les bas salaires, par une diminution du niveau de chômage. Pas par des postures. Augmenter le SMIC sans y intégrer les fondamentaux économiques revient tout simplement à détruire de l'emploi.

Pour véhiculer ces messages, face au matraquage de tous bords, un lourd travail de pédagogie et d'explication reste indispensable. Celui-ci est renforcé dans sa difficulté par des apprentis sorciers qui contestent de plus en plus régulièrement les chiffres fournis par l'INSEE, surtout quand ceux-ci ne les arrangent pas. Ce qui d'ailleurs représente pour moi une attitude profondément anti-démocratique.

Ce débat tel qu'il est pratiqué revient à confondre le pouvoir d'achat et le pouvoir d'acheter des votes.

Le pouvoir d'achat des générations futures

Plus que de soucier en apparence du pouvoir d'achat des électeurs, il me semble souhaitable d'insérer dans ce même débat le pouvoir d'achat des générations futures, ce qui revient à mettre au premier plan l'impératif de diminution de la dette publique dans son ensemble.

En effet, il est toujours bon de rappeler que si rien n'est fait, la génération de nos enfants devra faire face à une dette publique équivalant à 100% du PIB !

Et dans ce contexte, quel sera leur pouvoir d'achat ?