Par Pierre Rothenburger[1]

Les faits étant têtus, il n'est pas inintéressant d'examiner, à l'aune des huit enjeux de 2007 recensés par Débat 2007.fr, les réformes qui se sont imposées en priorité au gouvernement de "grande coalition" dirigé par Angela Merkel - et qui, sous une forme ou sous une autre, s'imposeront également à nous après les élections de 2007.

Retenons pour aujourd'hui les trois chantiers sur les grands "risques" sociaux : l'assurance maladie, les retraites et l'emploi.

L'assurance maladie

En France comme en Allemagne, les coûts et les déficits continuent d'augmenter : c'est une tendance lourde, liée au vieillissement de la population.

Le gouvernement Schröder avait déjà procédé à d'importantes réformes (franchise de 10€, cotisations en augmentation, couverture en baisse, libre choix entre caisses privées ou publiques). Pour autant, la nouvelle coalition prépare déjà d'autres mesures d'envergure, qui portent sur le financement des caisses (création d'un fond de compensation ) et qui devraient être soumises au Bundestag à l'automne. Tout cela ne va pas sans tension : certains médecins allemands se sont mis en grève - du rarement vu !



Chez nous, si la réforme Douste Blazy, comme les réformes précédentes, s'avère incapable de juguler des déficits qualifiés de "calamiteux" en son temps par Alain Juppé (avant que celui-ci ne recoure à la création de la CRDS), il faudra augmenter de nouveau la CSG, éventuellement en renforçant la progressivité du prélèvement (puisque certains suggèrent de fusionner la CSG avec l'impôt sur le revenu).

L'assainissement des comptes sociaux, préconisé par le rapport Pébereau, sera long et douloureux. La question qui se pose, pour tous les candidats à l'élection de 2007, est celle de l'acceptation par l'opinion publique : comment la convaincre de la nécessité de ces réformes ? Pour le moment, aucune réponse.

Les retraites

Deux constatations s'imposent en Allemagne : les départ anticipés restent massifs, et l'épargne individuelle augmente fortement.

L'Allemagne ne fait pas mieux que le France – au contraire - pour le maintien dans l'emploi des seniors. La Frankfurter Allgemeine Zeitung vient de relever que six entreprises sur sept ont rajeuni leur effectif (dont l'âge ne dépasse plus 55 ans). Les ménages anticipent la dégradation des régimes collectifs de retraite : en témoigne le fort développement des contrats d'assurance-vieillesse ou d'assurance-vie privés, les contrats dit "Riester" (du nom de leur créateur), dont 1,9 million ont été signés cette année (soit +13% par rapport à l'année dernière, alors qu'on attendait une hausse limitée à 3%). Pas étonnant dans ces conditions qu'on constate simultanément un ralentissement de la consommation...

Ce double mouvement présente quelques similitudes avec la situation en France : les contrats d'assurance-vie y connaissent depuis plusieurs années un essor remarquable ; de même, on observe une véritable ruée de départs en retraite, les salariés anticipant un approfondissement de la réforme Fillon.

Les mérites de cette réforme a d'ailleurs été vantée par Laurence Parisot dans un entretien donné à la Frankfurter Allgemeine Zeitung, tant sur la méthode (recours au dialogue social cher aux Allemands) que sur le fond (allongement de la vie active, alignement progressif des régimes, etc..). Mais l'équilibre des régimes de retraite, qui est l'objectif poursuivi par la réforme, est-il pour autant vraiment bien compris ou accepté en France ? Les candidats à l'élection présidentielle, pour l'heure, en parlent peu. Un seul parmi eux s'est prononcé par écrit. D'autres veulent revenir en arrière ! Les incertitudes perçues ou réelles sont largement partagées des deux côtés du Rhin.

Emploi

La situation des jeunes face à l'emploi n'est pas la même en France et en Allemagne. Leur taux d'emploi est deux fois moindre en France, où l'apprentissage est encore peu développé. Pour les seniors, en revanche, la situation du marché de l'emploi est comparable dans les deux pays. Le taux d'emploi a néanmoins remonté depuis 2000 en Allemagne, passant de 37% à 45%, sous l'effet des réformes Hartz (baisse des allocations chômage, allongement de la durée du travail sans compensation, suppression des primes…). Pourtant d'aucuns ont qualifié ces réformes de "chantage à l'emploi". Démagogie ? Certes "travailler plus pour gagner plus" passe mieux. Mais cela suffit-il dans certain cas d'entreprises confrontées à la mondialisation ?

Dans ce même entretien à la Frankfurter Allgemeine Zeitung, Laurence Parisot a confié qu'en France, on préfère parler plutôt de politique que d'économie. Et de fait, les Français demeurent parmi les plus méfiants en Europe à l'égard de l'économie de marché. La gauche allemande, elle, s'y est ralliée bien plus tôt - en 1959 à Bad Godesberg et en 1989 à Berlin. D'où la nécessité, que le gouvernement semble avoir comprise, de faire une pédagogie de l'économie… pas nécessairement marxiste, ni keynésienne d'ailleurs (une prédilection devenue bien plus française que britannique !), mais un peu plus bastiatienne - une référence à revisiter !

Notes

[1] Pierre Rothenburger est consultant, spécialiste des relations économiques franco-allemandes.