La mise en ligne récente de deux billets de Jean-Pierre Boisivon sur le blog de Débat2007.fr a permis de mettre en lumière un point souvent occulté : l'augmentation des moyens consacrés à l'éducation n'est pas synonyme d'amélioration des résultats. Il paraît aujourd'hui utile de revenir sur ce sujet pour examiner le coût qu'entraîne l'augmentation de l'encadrement des élèves sous l'effet de l'accroissement du nombre d'enseignants et de la baisse du nombre d'élèves.

Comme le répètent la grande majorité des experts, une augmentation du taux d'encadrement n'a pas d'effet significatif et mesurable sur les résultats des élèves, sauf pour les publics en grande difficulté scolaire, et encore à condition d'aller vers des structures ayant nettement moins de 20 élèves. En revanche, l'évolution de ce taux a des effets très sensibles sur les finances publiques.

En primaire, l'effectif moyen des classes est passé de 24,1 élèves en 1990 à 22,4 en 2005. Cette augmentation du taux d'encadrement représente plus de 16 000 emplois budgétaires (soit, en comptant les charges sociales, plus de 750 M€).

Au collège, l'effectif moyen est resté stable de 1990 à 2005 autour de 24 élèves. Dans les lycées professionnels, le nombre moyen d'élèves par division est passé de 23,1 à 20,1 entre 1990 et 2005. Dans le second cycle général et technologique l'évolution est également sensible avec un effectif moyen passé de 31 à 28,8. Mais dans le second degré, la notion de classe est moins pertinente. En effet, toutes formations confondues, c'est plus du tiers des heures d'enseignement qui sont effectuées en groupe (19% en collège, 50% en lycée professionnel et 47% en second cycle général ou technologique). Aussi le ministère de l'Education nationale a-t-il mis au point un autre indicateur : le nombre d'élèves dont un enseignant a la charge dans sa classe en moyenne pendant une heure. Il est, toutes formations confondues, égal à 21 aujourd'hui, après avoir connu une baisse sensible entre 1998 (21,4) et 2001 (20,8). Enfin, un autre indicateur peut être utilisé, le ratio "nombre d'élèves par enseignant". Pour l'enseignement secondaire, de la rentrée 1990 à la rentrée 2005, on est passé de 12,7 à 10,9, sous l'effet d'une augmentation du nombre d'enseignants de 12,8% et d'une diminution du nombre d'élèves de 3,3%. L'évolution de ce ratio a un coût financier qui peut grossièrement être évaluée à la rémunération de plus de 58 000 enseignants, soit une dépense (en comptant les charges sociales) de plus de 3 Md€.

Cette situation est liée en partie à la multiplication des enseignements dispensés devant de faibles effectifs. Dans le cas des langues notamment, il est bien évident que cette évolution devrait contribuer à une amélioration du niveau. Mais l'explication tient aussi, pour une très large part, à l'exceptionnel foisonnement des choix offerts. Aujourd'hui, près de 350 disciplines sont enseignées dans le second degré. L'exemple des langues étrangères est à ce titre tout-à-fait caractéristique. Ainsi, quatorze langues vivantes sont enseignées dans le système scolaire français, contre deux ou trois au Royaume-Uni ou en Allemagne. Il ne s'agit pas nécessairement de renoncer à l'enseignement de toutes les options, mais il apparaît souhaitable de s'interroger sur la pertinence même de l'enseignement de spécialisations aussi nombreuses qui risquent de pénaliser les élèves en les enfermant dans des choix très étroits et de réduire le temps disponible pour le nécessaire socle commun. Par ailleurs, il est urgent de réfléchir à la répartition de l'offre entre les établissements scolaires, de façon à ce que les enseignements ne se transforment en milieu d'année, avec l'évaporation des élèves peu motivés, en cours particuliers.