Cette fois nous allons entrer dans le vif du sujet, puisque les députés vont entamer l'examen des articles du projet de loi de privatisation de Gaz de France avec ses milliers d'amendements déposés par l'opposition.

A huit mois de la présidentielle, PS et PCF veulent frapper fort et pour symboliser leur détermination, ils ont battu le record du nombre d'amendements déposés sous la Ve République avec 137.433 amendements sur un total de 137.629.

Le patron du PS François Hollande a demandé de "renvoyer devant les Français" ce débat "à l'occasion de l'élection présidentielle" estimant que les "conditions" de la fusion Gaz de France - Suez n'étaient "pas réunies". Pour lui, les intentions d'OPA de l'Italien Enel sur Suez en février dernier n'ont été en fait qu'un "alibi" pour privatiser Gaz de France. L'UDF a indiqué qu'elle voterait aussi contre.

Les syndicats ne sont pas restés inactifs et prévoient notamment une journée nationale d'action le 12 septembre.

Et la majorité dans tout cela ? Et bien précisément. Partie très divisée lors de la présentation du texte fin juin, elle a réussi à la fin de l'été à se rassembler, à quelques voix discordantes près. Quant à Nicolas Sarkozy, il soutient finalement le projet, du bout des lèvres.

Le ministre de l'Economie Thierry Breton est pourtant convaincu que "si nous ne bougeons pas, alors oui GDF aura plus de difficultés pour négocier et sera moins en position de force".

Ce projet de fusion Gaz de France - Suez, annoncé en février par le Premier ministre Dominique de Villepin, semble évident de bon sens. Il vise à créer le premier groupe gazier européen et le cinquième producteur d'électricité du continent. De plus, il s'incrit dans le cadre de l'ouverture complète à la concurrence européenne des marchés du gaz et de l'électricité au 1er juillet 2007.

Mais on ne peut toutefois rester sourd ceux à certains arguments des opposants. Car la question des prix de l'électricité et du gaz s'est invitée dans le débat. Les promoteurs de la fusion estiment qu'elle va favoriser une modération des prix de l'énergie, alors que ses opposants craignent une hausse. Le débat est particulièrement sensible pour les ménages qui pourront, à partir du 1er juillet 2007, après les entreprises depuis le 1er juillet 2004, choisir leur fournisseur d'électricité et de gaz. Or actuellement, les particuliers paient leur énergie à des prix réglementés, c'est-à-dire fixés par les pouvoirs publics. A l'inverse, les entreprises qui ont choisi le marché libre sont confrontées depuis deux ans à une flambée des prix et réclament de pouvoir revenir à des prix réglementés. Selon l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, si l'écart entre le prix réglementé et le prix libre est "de 66% comme c'est le cas pour les entreprises aujourd'hui, la facture moyenne du consommateur qui éclaire et chauffe sa maison à l'électricité passera de 1.400 euros à 2.324 euros par an". Le patron de Suez Gérard Mestrallet fait remarquer que les prix du gaz pratiqués en France par le groupe public GDF, et en Belgique par le groupe privé Suez, sont "les mêmes". Le gouvernement "n'aura plus de prise sur la politique tarifaire", rétorque la fédération CGT de l'énergie.

Pour l'instant le gouvernement s'est engagé à ne plus augmenter les prix réglementés d'ici le 1er juillet 2007... soit d'ici l'élection présidentielle.